Olivier Père

Folie-Folie de Stanley Donen

La diffusion dimanche prochain sur ARTE de Chantons sous la pluie et son édition providentielle en DVD après des années d’invisibilité nous invitent à parler d’une autre (moitié de) comédie musicale signée Stanley Donen. Elephant Films propose en effet à la vente le 7 octobre en DVD un film rare et méconnu de Stanley Donen, qui est son véritable testament artistique, même si le réalisateur américain tournera deux autres films par la suite, Saturn 3 et C’est la faute à Rio : Folie-Folie (Movie Movie, 1978). Projet étrange qui entend rendre hommage aux petites productions hollywoodiennes des années 30 et aux rêves, aux larmes et aux rires qu’elles prodiguaient au public populaire en imaginant un double programme réuni en un seul film, afin de reproduire une séance de cinéma de l’époque : un mélo sportif sur un jeune homme pauvre qui rêve de devenir avocat mais enfile des gants de boxe afin de réunir l’argent nécessaire pour sauver sa sœur de la cécité ; la bande annonce d’un film de guerre sur les exploits héroïques d’aviateurs pendant la Première Guerre mondiale ; enfin une comédie musicale sur la production mouvementée d’un spectacle à Broadway.

Le premier segment, « Dynamite Hands », est en noir et blanc dans le style des drames sociaux de la Warner, le second, « Baxter’s Beauties of 1933 » en couleur, dans le style des productions Busby Berkeley. Les deux histoires partagent une grande partie de leur distribution, avec Georges C. Scott, Eli Wallach et Red Buttoms endossant des rôles différents (fort heureusement on ne nous inflige le jeune premier Harry Hamlin, futur Persée du Choc des Titans, que dans « Dynamite Hands », mais il y tient la vedette.)

Projet étrange écrivions-nous car le film oscille en permanence entre l’hommage ému au cinéma d’antan et à la parodie soulignant les clichés et les conventions des années 30, sans jamais sombrer dans la grosse rigolade – il serait intéressant de comparer Folie-Folie avec La Dernière Folie de Mel Brooks sur le cinéma muet réalisé deux ans plus tôt alors que les titres de ces films se ressemblent aussi bien en français qu’en anglais (Silent Movie).

C’est finalement l’émotion qui l’emporte et qui envahit progressivement le film de Donen, assez déstabilisant au début et très beau vers la fin, le segment « Baxter’s Beauties of 1933 » étant de loin meilleur et le plus inspiré, véritables adieux de Donen à Broadway et à la comédie musicale, plus généralement au monde du spectacle et du cinéma dont il avait été l’un des maîtres. Donen a toujours prôné le triomphe du rêve, de la sophistication, devenant facilement cynique et amer lorsqu’il s’agissait de décrire la réalité des relations et des sentiments humains. Très à l’aise avec les chorégraphies, les chansons et les artifices des tournages en studio Donen donne libre cours à sa virtuosité naturelle dans « Baxter’s Beauties of 1933 » dominé par un George C. Scott impérial, dans le rôle difficile d’un directeur de music hall gominé et poudré, condamné par la médecine et prêt à tout pour produire un dernier spectacle avant de mourir. La mort et la vieillesse sont d’ailleurs omniprésentes dans un film où les jeunes acteurs sont un peu ridicules et sans charisme, à l’opposé du vieux lion George C. Scott et ses compères Eli Wallach et Red Buttons. De toute évidence Stanley Donen, en pré retraite anticipée et forcée – il réalisa son premier film à 25 ans mais sa carrière survécut difficilement à l’arrivée du Nouvel Hollywood à la fin des années 60 – ne porte pas le monde moderne et les nouveaux films dans son cœur et préfère se réfugier dans la nostalgie et le spectacle à tout prix, en évitant la tentation du sentimentalisme grâce à son sens de l’humour caustique.

 

P.S. : Il n’échappera à personne que le procédé de Folie-Folie fut repris bien plus tard par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez avec leur double programme « Grindhouse » constitué de deux longs métrages (Planète terreur et Boulevard de la mort) accompagnés de fausses bandes annonces. Le maniérisme de Scorsese, De Palma et Tarantino doit décidément beaucoup à Stanley Donen…

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