Olivier Père

La Femme modèle de Vincente Minnelli

Pour rendre hommage à Lauren Bacall disparue le 12 août dernier ARTE diffuse dimanche 28 septembre à 20h45 La Femme modèle (Designing Woman, 1957) de Vincente Minnelli.

En dehors de sa réussite éblouissante c’est un film important dans la carrière de l’actrice puisque son mari Humphrey Bogart, avec lequel elle formait un couple mythique à la ville comme à l’écran, décédera peu de temps après le tournage de cette comédie sophistiquée, ouvrant une longue période de deuil et d’éclipse professionnelle pour Lauren Bacall dont la filmographie ne retrouvera jamais l’éclat de ses débuts aux côtés de Hawks et Bogart, suivis de quelques beaux films signés Michael Curtiz, Douglas Sirk ou Vincente Minnelli, justement.

Gregory Peck et Lauren Bacall dans La Femme modèle

Gregory Peck et Lauren Bacall dans La Femme modèle

Vincente Minnelli avait déjà dirigé Lauren Bacall en 1955 dans la magnifique Toile de l’araignée, drame situé dans une clinique psychiatrique et dont le scénario gravitait autour du choix des rideaux de la bibliothèque de l’établissement, histoire de souligner les enjeux esthétiques du cinéma de Minnelli, chez qui la couleur et les décors jouent un rôle essentiel et constitutif à l’action, au-delà de l’enluminure propre aux luxueuses productions de la MGM, studio dont Minnelli était l’un des réalisateurs vedettes. Chez Minnelli, le décor est le reflet ou la projection de l’univers mental des personnages, une porte d’entrée sur leurs rêves et leur inconscient. C’est particulièrement le cas dans La Femme modèle, comédie en partie située dans l’univers de la mode, où l’être et les apparences, l’artifice et la vérité finissent par se confondre.

Gregory Peck et Lauren Bacall dans La Femme modèle

Gregory Peck et Lauren Bacall dans La Femme modèle

C’est en effet la découverte des appartements respectifs des deux nouveaux mariés lors de leur retour à New York qui va faire immédiatement comprendre aux spectateurs – et aux principaux intéressés – le fossé social qui les sépare : lui (Gregory Peck, le charme incarné) est un journaliste sportif, célibataire endurci ; elle (Lauren Bacall, très classe) est dessinatrice de mode, habituée au luxe et aux mondanités, entourée de courtisans. Pénétrer dans l’univers de l’autre, y compris dans ses fantasmes les plus secrets, c’est aussi l’un des grands sujets de Minnelli, qui s’empare de cette comédie sur le mariage pour lui insuffler une sensibilité toute personnelle. Ce pourrait être un mélodrame ou une féérie musicale mais l’art de Minnelli s’exprime ici sur le mode burlesque, sans jamais que l’auteur de Tous en scène (bientôt sur ARTE) ne se dépare de sa légendaire élégance. La Femme modèle est un régal pour les yeux et les oreilles, jusque dans les célèbres gags sur la gueule de bois de Gregory Peck au début du film : les sons déformés et amplifiés qui agressent son cerveau à chaque mouvement – une épingle à chemise jetée dans une poubelle fait le bruit d’une enclume ; ses hallucinations visuelles lorsque le radieux ciel californien se pare pour ses yeux fatigués de teintes fluorescentes… Minnelli aimait tellement les couleurs qu’il pouvait même faire rire avec elles. Idem pour l’élégance vestimentaire puisqu’une des scènes les plus irrésistibles du film voit le pantalon de costume du fringant journaliste ruiné par la vengeance de son ancienne maîtresse dans un grand restaurant. Quant au ballet, il intervient de manière inattendu et loufoque, avec un chorégraphe un peu hystérique mettant hors d’état de nuire une bande de dangereux gangsters grâce à d’énergiques pas de danse. Toute la vitalité, l’imagination, la grâce du cinéma de Minnelli se retrouvent dans cette merveilleuse Femme modèle, modèle de comédie hollywoodienne.

Lauren Bacall dans La Femme modèle

Lauren Bacall dans La Femme modèle

 

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