Olivier Père

Drug War de Johnnie To

Inédit en salles en France, Drug War (Du zhan, 2012) de Johnnie To est sorti cette semaine directement en DVD et Blu-ray, édité par Metropolitan, deux ans après sa réalisation. Dommage que les cinéphiles français n’aient pas pu le découvrir plus tôt sur grand écran car il s’agit du meilleur film du prolifique cinéaste hong kongais depuis longtemps. Le producteur et réalisateur Johnnie To, qui alterne depuis ses débuts dans les années 80 avec son associé Wai Ka-Fai films commerciaux destinés au marché chinois et projets ultra stylisés dans son genre de prédilection, le polar, semble plus que jamais concerné par la situation politique de la Chine (après La Vie sans principe sur les effets domino du crack boursier) et son nouveau film encourage des rapprochements avec les récents A Touch of Sin et Black Coal qui dressent eux aussi des portraits impitoyables d’un pays en état de déréliction.

Lors d’une enquête, le capitaine de la brigade anti-drogue de Tianjin met sous les verrous un homme accusé d’être à la tête d’une importante fabrique de stupéfiants. Afin d’éviter la peine de mort, ce dernier apporte son aide à la police pour éradiquer le trafic et faire tomber le chef du réseau. Mais alors qu’un raid est lancé, le capitaine et sa brigade se retrouvent pris dans une spirale de mort et de trahison que rien ne semble pouvoir arrêter…

Louis Koo

Louis Koo

Comme souvent chez Johnnie To le récit déploie une chorégraphie de faux-semblants, de filatures et de figures doubles organisée en arabesques élégantes, misant sur de longues plages de rétention avant de laisser exploser une violence folle, des retournements de situations particulièrement tordus et un pessimisme total. La star Louis Koo assure dans le rôle du trafiquant indic mais c’est Sun Honglei et son visage élastique, expert en infiltration capable d’endosser à la perfection la personnalité d’un caïd de la drogue toujours hilare qui impressionne le plus. Comme le souligne Léonard Haddad dans son texte d’introduction à Drug War, Johnnie To doit avoir le bras très long pour pouvoir ignorer avec un tel aplomb la sévère censure chinoise qui interdit strictement qu’on évoque au cinéma l’existence du trafic de drogue dans le pays, puisque c’est par tonnes que l’héroïne et la cocaïne circulent et se consomment durant tout le film. Lui qui nous avait habitué à filmer les moindres recoins de sa ville fétiche Hong Kong à l’atmosphère grouillante et verticale investit dans Drug War les vastes étendues des provinces rurales de la Chine continentale, ses plaines et ses autoroutes, avec des résultats tout aussi renversants sur le plan de la pure mise en scène.

 

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