Olivier Père

Poltergeist de Tobe Hooper

ARTE diffuse ce soir à 22h45 Poltergeist (1982) de Tobe Hooper. Frisons garantis.

L’heureuse famille Freeling mène une vie tranquille et prospère dans un lotissement pavillonnaire de Californie. Cependant, leur maison devient le théâtre d’étranges phénomènes quand des objets commencent à se déplacer et que le sol se met à trembler. Une nuit, la petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue.

Poltergeist est un film au statut particulier puisqu’il devait être réalisé par Steven Spielberg, qui en a écrit le scénario et assuré la production exécutive. Spielberg dut renoncer à le mettre en scène pour se concentrer sur une autre histoire fantastique située dans le même décor (banlieue américaine et famille typique, soit le décor de son enfance) mais bien plus gentille et universelle, et précieuse à ses yeux : E.T. l’extraterrestre tourné la même année. Il est facile de voir les deux facettes du cinéaste dans Poltergeist et E.T. l’extraterrestre : le côté sombre et horrifique contre le côté humaniste et sentimental. Spielberg choisira de privilégier la seconde option contre la première, en confiant la mise en scène de Poltergeist à un jeune réalisateur dont il avait apprécié le premier film, le célèbre et traumatisant Massacre à la tronçonneuse (1974) : Tobe Hooper. Hooper avait l’habitude de faire des films d’horreur indépendants sans grands moyens et dans les marges du système. Il avait travaillé en 1981 pour un studio (Universal avec Massacres dans le train fantôme) mais Poltergeist est son premier gros budget. Malheureusement pour Hooper Spielberg sera omniprésent sur le tournage (absent seulement trois jours), supervisant lui-même de nombreux aspects artistiques et techniques. Il est difficile de savoir précisément si cela correspond à son incapacité à déléguer – Spielberg n’avait encore jamais produit le film d’un autre – ou aux difficultés de Tobe Hooper à mener à bien un projet cher et compliqué (Tobe Hooper venait de se faire virer de deux tournages, The Dark aux Etats-Unis et Venin en Angleterre.)

Le triomphe commercial planétaire de Poltergeist ne profitera guère à Hooper puisque tout le monde en attribuera la véritable paternité à son puissant producteur. Des rumeurs de plateaux relayées par la presse américaine accableront le pauvre cinéaste texan et les portes d’Hollywood se fermeront pour lui. Il ne tournera rien pendant trois ans, avant de signer un contrat de plusieurs films avec la société de production Cannon. Trois seront réalisés et se solderont par des désastres critiques et financiers qui achèveront d’enterrer la carrière du cinéaste : Lifeforce, Massacre à la tronçonneuse 2 et L’invasion vient de Mars.

Poltergeist est spielbergien par ses thèmes et son esthétique mais il comprend aussi de nombreux détails macabres et choquants (squelettes, chair en décomposition) qui portent la marque de Tobe Hooper. Les deux hommes visent sans aucun doute à moderniser le classique absolu du film de maison hantée, La Maison du diable de Robert Wise. A revoir Poltergeist, sorte de train fantôme cinématographique comme pouvait en faire William Castle avec moins d’argent, son apport le plus novateur concerne l’importance de la télévision, avec un poste allumé nuit en jour dans chaque pièce, membre à part entière de la famille, seul lien social avec les voisins. La « neige » de l’écran de télévision offre à Poltergeist ses scènes les plus réussies. C’est l’étrangeté du quotidien, le fantastique dans votre salon ou votre cuisine. Une forme d’horreur domestique où la télévision diffuse en permanence des images du monde et de l’histoire (informations, vieux films) mais peut aussi aspirer et dévorer vos enfants, inscrivant à l’intérieur de Poltergeist la propre boulimie télévisuelle de Spielberg et la menace des nouvelles pratiques de consommation des images des (télé)spectateurs américains. Deux réalisateurs japonais se souviendront de Poltergeist en réalisant une dizaine d’années plus tard des films où les fantômes communiquent avec les vivants grâce à la télévision, les vidéocassettes ou internet : Hideo Nakata et la série des « Ring » et Kiyoshi Kurosawa qui n’a jamais caché son admiration et sa dette envers Tobe Hooper.

 

 

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