Olivier Père

Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis

ARTE diffuse ce soir à 20h50 cette adaptation géniale du Docteur Jeckyll et Mister Hyde de Stevenson dans laquelle l’auteur complet Jerry Lewis règle ses comptes avec le monde du spectacle et dénonce le culte de l’apparence.

les deux visages du docteur Jerry : Julius Kemp...

les deux visages du docteur Jerry : Julius Kemp…

Jerry Lewis, le seul véritable génie apparu dans le cinéma américain des années 60, signe avec son quatrième long métrage un chef-d’œuvre absolu. Docteur Jerry et Mister Love (The Nutty Professor, 1963) est à la fois un classique de la comédie, une satire de la société américaine et un film matriciel du fantastique moderne. Jerry Lewis adapte la nouvelle de Stevenson, transposée dans un campus californien. Un professeur timide et complexé est victime de brimades et des humiliations de la part de ses supérieurs hiérarchiques et de ses étudiants, de jeunes californiens beaux et stupides. Après de vaines tentatives de musculation, il invente une potion qui le transforme en une forme inédite de monstre : un séducteur gominé, double grotesque de l’ancien partenaire de Jerry Lewis à l’écran, Dean Martin, objet d’une rancune tenace. Docteur Jerry et Mister Love réussit l’exploit d’être une comédie hilarante et un film fantastique d’une virtuosité éblouissante. Lewis est un clown génial, un transformiste hallucinant, mais c’est également un metteur en scène extrêmement brillant dont la fluidité de la mise en scène et l’utilisation de la couleur influenceront la génération suivante des cinéastes cinéphiles nommés Scorsese, De Palma ou Carpenter. La première apparition de Buddy Love dans le cabaret, précédé d’un long travelling en caméra subjective, annonce le prologue de La Nuit des masques de Carpenter et les plans-séquences de Scorsese, tandis que De Palma se souviendra des rituels cruels des étudiants et du bal de fin d’année dans Carrie au bal du diable et de la panoplie vestimentaire de Buddy Love pour les chanteurs grotesques de Phantom of the Paradise. Les films suivants de Lewis n’apporteront hélas rien de neuf à son œuvre, si ce n’est une amertume et un pessimisme de plus en plus palpables.

... et Buddy Love

… et Buddy Love

 

 

Catégories : Non classé

3 commentaires

  1. Julien dit :

    Bonjour Olivier Père ;
    à propos de Scorsese justement: qu’avez-vous pensé de son Loup de Wall Street?

    • olivierpere dit :

      Bonjour Julien, je n’ai pas beaucoup aimé : Scorsese y saccage son dernier grand film « Casino » à coup d’autocitations boursouflées et roboratives. C’est triste…

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    L’ouverture subjective de « La Nuit des masques » cite le magistral incipit subjectif de Mamoulian dans son « Docteur Jekyll et M. Hyde » réalisé en 1931 (que vit sans doute aussi ce rat de cinémathèque de Scorsese !). Pour les costumes de sa société du spectacle démasquée par son fantôme de mélodrame, De Palma dut se contenter de regarder autour de lui – ah, ce projet sur les Doors avec Travolta, finalement illustré à coups de clichés par Stone –, vers l’industrie du rock immortalisée un an plus tard, dans son kitsch revendiqué, par Ken Russell, l’homme de la situation, avec « Tommy ». Il faut redécouvrir le méconnu et intense « Mary Reilly » de Frears d’après Valerie Martin, qui renouvelait vraiment l’histoire du médecin victime consentante du démon dans sa peau.

    https://www.youtube.com/wat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *