Olivier Père

La Pivellina de Tizza Covi et Rainer Frimmel

ARTE diffuse ce soir à 23h15 ce très beau film que nous avions sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2009, et qui avait ensuite connu une belle carrière dans les festivals du monde entier, salué par la critique et le public. Abandonnée dans un parc, la petite Asia âgée de deux ans est recueillie par Patti, une artiste de cirque qui vit avec son mari Walter dans une aire de camping à San Basilio, dans la banlieue de Rome. La petite fille découvre une nouvelle vie au milieu des saltimbanques, des roulottes et des animaux.
Avec l’aide de Tairo, un adolescent qui vit avec sa grand-mère dans un camping-car voisin, Patti se met à chercher la mère d’Asia, et garde l’enfant chez elle en attendant.

Des liens d’amour naissent spontanément entre le couple et l’enfant, des liens d’autant plus déchirants qu’ils sont fragiles et éphémères…

La Pivellina est la première incursion dans la fiction d’inspiration néo-réaliste d’un couple de documentaristes austro italiens, Tizza Covi et Rainer Frimmel.

Avec des moyens modestes et des acteurs non professionnels qui jouent des personnages inspirés par leurs propres vies, les cinéastes réussissent un film plein d’humour et d’émotion. Impossible de ne pas penser à La Strada de Federico Fellini – qui sera diffusé le 28 octobre sur ARTE – devant cette petite communauté de déclassés, voyageurs immobiles qui charrient avec eux des trésors de tendresse et de poésie, malgré une existence de dénuement et de précarité.

Pour la première fois soucieux de conter une histoire inventée, à la simplicité biblique, les cinéastes évitent le documentaire pur tout en restant fidèles à leur conception du cinéma, qui renvoie au crédo rossellinien : « les choses sont là, pourquoi les modifier ? » Le film rend compte avec une grande honnêteté des conditions de vie des gens du voyage, victimes de l’exclusion et du racisme. La petite fille est l’intruse injectée par la fiction, personnage témoin qui guide le spectateur dans un monde insoupçonné et nous fait découvrir avec des yeux d’enfants des personnages bouleversants d’humanité.

En 2012 Tizza Covi et Rainer Frimmel ont poursuivi leur exploration des frontières entre fiction et documentaire, scénario et improvisation, en signant Der Glanz des Tages, chronique des retrouvailles inattendues entre un comédien de théâtre viennois et son oncle, qui est autre que Walter, le sympathique forain de La Pivellina, toujours dans son propre rôle, ou presque : rat des villes contre rat des champs. Der Glanz des Tages est une nouvelle fois l’histoire d’une rencontre improbable qui brode avec beaucoup de délicatesse autour des paradoxes des liens du cœur et de ceux du sang.

Der Glanz des Tages  – The Shine of Day, traduction littérale “La Lueur du jour” – a valu à Walter Saabel le prix d’interprétation masculine au Festival del film Locarno, sa sortie sur les écrans français est prévue pour le 1er janvier 2014.

 

En première partie de soirée, à 20h50, ARTE diffuse un autre film à voir absolument, en exclusivité, L’Image manquante de Rithy Panh, coproduit par la chaîne et dont nous avons déjà parlé lors de sa présentation au Festival de Cannes en mai dernier, où il a obtenu le prix Un Certain regard :

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/05/19/cannes-2013-jour-5-limage-manquante-de-rithy-panh-selection-officielle-un-certain-regard/

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/05/20/cannes-2013-jour-6-rencontre-avec-rithy-panh/

L'Image manquante

L’Image manquante

 

 

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