Olivier Père

L’Aveu de Douglas Sirk

Sidonis a la bonne idée de proposer en DVD à la vente (depuis le début du mois de septembre) un film de Douglas Sirk peu vu et peu commenté, en tout cas moins que ses mélodrames en couleur des années 50. Il s’agit de L’Aveu (Summer Storm, 1944), deuxième long métrage américain du cinéaste allemand après Hitler’s Madman tourné l’année précédente pour un petit studio. L’Aveu est une production plus cossue, qui bénéficie de la présence de la très belle Linda Darnell et de l’excellent George Sanders, moins cynique que d’habitude dans le rôle d’un juge dans la Russie des tsars, quelques années avant la révolution bolchevique. Sanders incarne Fedor Petroff, pur produit d’une société injuste et décadente, compagnon d’ennui et de débauche du comte Volsky, interprété par Edward Everett Horton, « character actor » habitué aux personnages comiques et qui se révèle formidable dans un contre emploi d’aristocrate libertin, oisif et inconséquent jusqu’à l’ignominie. Sirk n’est pas tendre avec l’ancien régime et le film n’exprime aucune nostalgie pour la société russe d’avant la Révolution, ce qui est notable pour un film hollywoodien, même si les personnages évoquent à plusieurs reprises le projet de fuir leur pays pour la jeune Amérique, terre de liberté et de démocratie.

Le journal de Fedor Petroff sert de trame à ce récit composé comme un long flash-back. Le comte Volsky, spolié de ses terres par les bolcheviques et sombré dans la misère tente de vendre un manuscrit à celle qui fut l’ancienne fiancée de Petroff et dirige maintenant une maison d’édition. La jeune femme découvre la tragique histoire de celui qu’elle a aimé. L’ensorcelante Olga (Linda Darnell), mariée au contre-maître Urbenin, séduit d’abord Fedor Petroff puis le comte Volsky. Petroff tombe sous le charme de la belle paysanne au point de rompre ses fiançailles, mais découvre bientôt qu’elle n’est qu’une intrigante prête à toutes les trahisons pour échapper à la misère. Drame de la passion sur fond de monde en décomposition, profondément pessimiste, L’Aveu est adapté d’une nouvelle de Tchekhov, « La Partie de chasse. » Il s’agit d’un projet personnel que Sirk, homme d’une grande culture, souhaitait mettre en scène avant son arrivée à Hollywood, quand il travaillait pour le studio allemand UFA, comme il l’explique dans l’indispensable recueil de conversations avec Jon Halliday (éditions Cahiers du cinéma.)

Linda Darnell est extraordinaire en garce décidée à s’extirper de la fange qui l’a vue naître, tandis que son infortuné mari est interprété par le balourd Hugo Haas, étrange acteur et réalisateur de série B d’origine tchèque qui a bâti une grande partie de sa seconde carrière à Hollywood sur des personnages de cocus, humiliés et bafoués par des épouses ou des maîtresses cruelles, y compris dans ses propres films où il s’attribuait souvent le plus mauvais rôle. L’influence de L’Ange bleu était visiblement un prétexte pour assouvir ses fantasmes masochistes intimes à l’écran.

LInda Darnell !

LInda Darnell !

 

 

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