Olivier Père

Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky

Demain sur ARTE la soirée cinéma sera dédiée à Jean-Pierre Mocky  avec l’un de ses plus grands succès à 20h50, Le Miraculé (1986) avec Michel Serrault, Jean Poiret et Jeanne Moreau, suivi de l’excellent La Cité de l’indicible peur (1964) avec Bourvil à 22h15, dans une version restaurée et inédite. En attendant lundi, petit retour en arrière sur Le Miraculé, très bon souvenir de spectateur…

Papu (Jean Poiret), sympathique fripouille qui vit d’expédients et d’escroqueries, simule une paralysie, à la suite d’un accident, pour toucher l’assurance. Pour appuyer ses dires, il se rend à Lourdes pour une pseudo guérison, accompagné d’une bigote qui travaille pour les chiffonniers d’Emmaüs (Jeanne Moreau). L’assureur Fox-Terrier (Michel Serrault), muet depuis une bavure policière et qui a flairé la supercherie, va tenter de le démasquer en montant lui aussi dans le train en direction de Lourdes. Le scénario en forme de course poursuite où tous les coups, déguisements et entourloupes sont permis pour prendre le malfaiteur la main dans le sac rappelle ceux d’Un drôle de paroissien, L’Etalon ou La Grande Lessive. Mocky a même remplacé un Blanche (Francis) par un autre (Roland.)

L’enthousiasme autour de ce film d’une truculence extraordinaire avait commencé dès sa bande annonce projetée dans les salles de cinéma, véritable petit court métrage qui reprenait deux des gags, l’un visuel, l’autre verbal, du film : Jean-Pierre Mocky en personne se rend dans un vidéo confessionnal, invention où l’on se confesse devant un prêtre sur un écran de télévision, pour expier son dernier péché : il a réalisé Le Miraculé parce que, dit-il, « Satan m’habite. » Le jeu de mot involontaire provoque l’hilarité du prêtre, puis de Mocky lorsqu’il comprend l’équivoque.

Jean Poiret et Michel Serrault

Jean Poiret et Michel Serrault

Cela donnait vraiment envie de voir le film, et les spectateurs ne furent pas déçus. Le Miraculé scelle les retrouvailles du duo comique Poiret-Serrault, dans une forme éblouissante. Ils donnent l’impression de beaucoup s’amuser dans des rôles à contre-emploi : un clochard vulgaire et sale pour le très élégant Poiret, un assureur muet et farfelu pour Serrault… C’est un peu Auguste et le Clown Blanc, et le film entier se met à ressembler à un spectacle forain avec ses numéros de clowns et de prestidigitation. On dénombre beaucoup de trouvailles absurdes et poétiques dans Le Miraculé, traversé par un humour surréaliste qui dépasse la satire sociale et la charge anticléricale : Un malade n’a plus de visage quand on lui enlève ses bandelettes, une voiture défonce le mur d’une maison située près d’un tournant, un jeune abbé devient rouge comme une tomate en découvrant qu’une ardente gitane ne porte pas de culotte, des frères jumeaux sont affublés d’un nez de vautour… Mocky met en scène une galerie de personnages plus pittoresques que jamais, et ce cirque humain, cette cour de récréation pour adultes se rapproche de la bande dessinée ou du cinéma burlesque dans le style d’Hellzapoppin’ ou des Marx Brothers.

Lire aussi notre entretien avec Jean-Pierre Mocky sur La Cité de l’indicible peur et Le Miraculé réalisé à l’occasion de la diffusion de ces deux films sur ARTE.

http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2013/08/08/entretien-avec-jean-pierre-mocky/

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