Olivier Père

Les Blues Brothers de John Landis

Dans le cadre de son « Summer of Soul » ARTE diffuse Les Blues Brothers (The Blues Brothers, 1980) ce soir à 20h45 : un titre incontournable en matière de Rhythm and Blues et de Soul puisque cette enthousiasmante course poursuite est un hommage à la musique noire américaine, source d’inspiration et objet de fascination pour de nombreux chanteurs blancs, d’Elvis Presley aux Rolling Stones.

Selon un principe que Landis appliquera avec moins de bonheur dans ses films suivants, Les Blues Brothers est parsemé de caméos amicaux d’acteurs et de réalisateurs, mais bénéficie surtout de la participation de grands chanteurs ou musiciens noirs qui délivrent tous d’inoubliables performances : James Brown, Cab Calloway, Ray Charles, Aretha Franklin et même John Lee Hooker dans son unique apparition à l’écran. Avant d’être les héros de ce film les frères Blues avaient été créés par leurs interprètes Dan Aykroyd (Elwood) et John Belushi (Jake) dans le cadre de l’émission satirique « Saturday Night Live » (SNL) sur la chaîne NBC, véritable institution télévisuelle aux Etats-Unis et vivier qui lança les carrières de plusieurs générations d’acteurs comiques, de Chevy Chase à Will Ferrell… les Blues Brothers et leur groupe étaient donc célèbres avant la réalisation du film et avaient même enregistré un album disque de platine aux Etats-Unis. Le Blues Brothers Band partit aussi en tournée lors de la promotion du film. Le groupe survécut plusieurs années à la disparition prématurée de John Belushi, mort d’une overdose de speedball dans son bungalow du Château Marmont en 1982.

Dan Aykroyd, Ray Charles et John Belushi

Dan Aykroyd, Ray Charles et John Belushi

Le film, immense succès commercial, demeure aujourd’hui l’un des titres les plus populaires de l’année 1980. Troisième long métrage de John Landis, c’est une véritable et très personnelle déclaration d’amour à la culture populaire américaine, et un bel hommage à la ville de Chicago, Illinois, dont sont originaires les frères Blues (et aussi Belushi, qui avait débuté sa carrière de comique dans les clubs de la ville…) Landis, ancien cascadeur à Cinecittà, y exprime sa verve humoristique, ses clins d’œil cinéphiliques (Charles Napier et Kathleen Freeman dans des rôles secondaires) mais aussi son style nonchalant et bricolé, encore possible malgré une surenchère de moyens. Le film détint longtemps le record de tôle froissée, avec la destruction massive d’innombrables voitures de police lors de la très longue poursuite finale. Le ton irrévérencieux et libertaire du film est aussi très sympathique : les frères Blues incarnent l’esprit d’insoumission du rock et du blues, ce sont des rebelles et des hors-la-loi, mais ils sont également déconnectés du monde moderne, des règles élémentaires de la vie en communauté et de la société de consommation : l’un des passages les plus amusants du film est la destruction d’un centre commercial lors d’une poursuite en voiture, au cours de laquelle Jake se contente de commenter laconiquement « ils vendent vraiment de tout ici. » Landis se moque des nouveaux temples du consumérisme comme il se moquera plus tard des entreprises de divertissement de masse dans Le Flic de Beverly Hills 3. Le film, anormalement long pour une comédie, possède d’ailleurs de très nombreux gags, séquences musicales et morceaux d’anthologie et il serait impossible de tous les citer ici : notons simplement la reprise de « rawhide » par les Blues Brothers égarés dans un club de country ou l’impayable et malchanceux leader du Parti néonazi américain interprété par Henry Gibson.

 

P.S. : Puisqu’on parle de John Landis, profitons-en pour saluer la réédition en DVD (chez Carlotta) de Hamburger Film Sandwich, titre français improbable de The Kentucky Fried Movie, film à sketches concocté en 1977 par Landis et les débutants Zucker-Abrahams-Zucker, suite inégale mais souvent désopilante de fausses publicités, fausses bandes annonces et petits courts métrages à l’humour potache et provocateur.

 

 

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