Olivier Père

L’Homme tranquille de John Ford

Célèbre titre de la veine irlandaise de son auteur, L’Homme tranquille (The Quiet Man, 1952) est le film du retour au pays natal, et peint un tableau idyllique de l’Irlande. Le Technicolor rutilant magnifie les paysages campagnards, les vertes prairies, tandis que Ford ne lésine pas sur le folklore, avec la description attendrie d’une petite communauté villageoise, de personnages pittoresques, et se laisse aller à son goût légendaire pour les scènes homériques de beuveries et de bagarres.

Mais L’Homme tranquille ne se résume pas à une chaleureuse déclaration d’amour à l’Irlande. C’est également un chef-d’œuvre mélancolique et sensuel. Ford confie à son acteur fétiche John Wayne, le rôle d’un Américain qui décide de renouer avec ses racines et s’installe dans le village qui l’a vu naître. Sean Thornton est un ancien boxeur et c’est autant le souvenir d’un adversaire tué sur le ring que la nostalgie de l’Irlande qui l’a poussé à abandonner les États-Unis pour commencer une nouvelle vie, la fuite d’un monde violent et cruel pour un enclos paradisiaque à l’abri du temps et du progrès. Au-delà d’une vision idéalisée de l’Irlande, L’Homme tranquille est pour John Ford l’occasion de filmer l’un des plus beaux couples de sa filmographie, celui formé par Wayne et la sauvageonne rouquine Maureen O’Hara, au tempérament aussi flamboyant que sa chevelure. Plein d’admiration pour les personnages de femmes impétueuses, Ford offre à Maureen O’Hara un rôle magnifique. Le cinéaste définissait L’Homme tranquille comme « sa première histoire d’amour », et la relation entre Wayne et O’Hara, marquée par une énergie sexuelle en symbiose avec la nature (incroyable scène de ménage prénuptiale au milieu des éléments déchaînés) est un sommet de l’érotisme fordien.

Ce film splendide ressort cette semaine en salles, distribué par Splendor Films, le bien nommé.

Affiche américaine de L'Homme tranquille

Affiche américaine de L’Homme tranquille

Catégories : Actualités

8 commentaires

  1. Rémi dit :

    Superbe film. Impossible après ça de ne pas avoir envie de s’installer dans l’Irlande de Ford à tout jamais. Ce technicolor sur grand écran ça doit être quelque chose.

    • olivierpere dit :

      « En version numérique restaurée, les couleurs du Technicolor sont ravivées » claironne le distributeur ! Cela donne très envie de revoir ce chef-d’oeuvre sur grand écran.

      • olivierpere dit :

        A noter que ce classique du cinéma américain est secrètement cité par deux films de grands cinéastes américains : « Les Chiens de paille » (« Straw Dogs », 1971) de Sam Peckinpah (retour à l’Irlande pour fuir la violence, avec un scénario à l’opposé de celui de Ford) et « New York deux heures du matin » (« Fear City », 1984) d’Abel Ferrara (flash back traumatique de l’ancien boxeur qui a tué un adversaire sur le ring).

        • Rémi dit :

          Sauf erreur il est aussi cité, mais très ouvertement, par Spielberg dans E.T., quand le petit Elliott est en classe, relié par l’esprit à son ami extra-terrestre qui, resté à la maison, regarde le film de Ford à la télé. E.T. pousse malgré lui son hôte humain à reproduire les gestes de John Wayne ramenant Maureen O’Hara à l’intérieur de sa demeure campagnarde en pleine bourrasque pour lui rouler une pelle, mais avec une petite camarade de classe blonde en lieu et place de la belle actrice brune.

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    Autres sommets d’érotisme atmosphérique (bien avant le panthéisme compassé de Malick) : « La Fille de Ryan » de Lean et « La Renarde » des Archers Powell et Pressburger.

    • olivierpere dit :

      Oui. « La Fille de Ryan » (très beau film) ressort bientôt en salles et sera diffusé sur ARTE à la rentrée, nous aurons l’occasion d’en parler ici.

      • Jean-Pascal Mattei dit :

        Enfin une bonne nouvelle ! Descendu par la critique américaine – dont la trop célèbre Pauline Kael -, l’insuccès du film (et le dégoût profond de Lean) handicapèrent durablement la carrière de l’auteur de « La Route des Indes ». Sarah Miles me fait penser à Julie Harris dans « La Maison du diable ».

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