Olivier Père

Les Incorruptibles de Brian De Palma

Nous sommes à la fin des années 80. Après les provocations de ses films sanglants et sexuels et de son film de gangster ultra-violent Scarface, De Palma est obligé de se calmer un peu. Si sa comédie sur la mafia Wise Guys (1986) et sa satire Le Bûcher des vanités (The Bonfire of the Vanities, 1990) sont des ratages et des échecs à plus ou moins grande échelle, il obtient avec Les Incorruptibles (The Untouchables, 1987) l’un de ses plus gros succès au box-office, avant celui de Mission : impossible. Le film ressort mercredi en salles et en version restaurée, distribué par Flash Pictures.

Les Incorruptibles

Les Incorruptibles

Version cinématographique d’une célèbre série télévisée des années 60 qui ne respecte en rien l’univers et l’esthétique de son modèle (écran large, couleurs rutilantes, virtuosité opératique de la mise en scène contre noir et blanc, cadrages serrés et nervosité de série B) cette édifiante histoire de flics intègres chargés de combattre le crime dans le Chicago de la Prohibition s’éloigne aussi de l’univers du cinéaste de Pulsions. Les personnages de De Palma ont toujours été des antihéros faibles tourmentés par des pulsions inavouables, des parias ou des victimes persécutées, jamais de preux redresseurs de torts comme l’agent du FBI Eliot Ness, incorruptible et bon père de famille campé par un Kevin Costner monolithique. Devant le scénario réactionnaire de David Mamet De Palma ne se risque pas à la moindre touche d’ironie mais aidé par un gros budget il réussit néanmoins quelques morceaux de bravoure magnifiques et sa mise en scène est impeccable. Le film doit une nouvelle fois beaucoup à la musique d’Ennio Morricone, que De Palma retrouvera pour Outrages et Mission to Mars. La part de grandiloquence échoit à un Robert De Niro en Al Capone flamboyant mais aux apparitions chronométrées. Nous sommes loin de Scarface dont Les Incorruptibles est l’antithèse. Évidemment le public et la critique réservèrent aux États-Unis et partout ailleurs un accueil triomphal à cette production luxueuse, nette et sans bavure alors que le romantisme baroque et les dispositifs formels de De Palma dans ses films personnels écopaient souvent de lazzis ou d’injures. Revu il y a quelques années Les Incorruptibles a bien vieilli, cela reste un film anti académique et dépasse toutes les entreprises de films criminels à costumes commises après lui, y compris par De Palma lui-même (Le Dahlia noir.)

 

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