Olivier Père

Cannes 2013 Jour 9 : Only God Forgives de Nicolas Winding Refn (Sélection officielle – Compétition)

Ce n’est certes pas avec Only God Forgives que Nicolas Winding Refn va réussir à convaincre ceux qui étaient restés sceptiques devant Drive, film fétiche de 2011. Il s’agit au contraire d’un retour à la veine psychédélique et ésotérique de Walhalla Rising – Le Guerrier silencieux. Le film est significativement dédicacé à Alejandro Jodorowsky, grand gourou du cinéma planant. Et l’on pense beaucoup à Enter the Void de Gaspar Noé devant Only God Forgives, et aussi un peu à un Van Damme années 80, le rythme en moins. Dieu, la vie, la mort… On peut laisser de côté les explorations religieuses et mythologiques revendiquées par le cinéaste et qui s’apparentent en effet aux fumisteries géniales du Jodorowsky de El Topo et La Montagne sacrée pour applaudir une idée de la mise en scène qui n’appartient qu’à NWR et qui est suffisamment folle pour nous captiver.

En effet NWR réussit un film d’action à nul autre pareil, quasiment dénué de mouvement, dans lequel la progression dramatique semble dictée par on ne sait quel réflexe pavlovien ralenti par de longues plages de silence, une esthétique du sur place et du flottement hypnotique, avec une saturation de la couleur rouge. Le film est principalement constitué de longs plans d’ambiance dans lesquels les acteurs sont immobiles et mutiques. Le thème de la vengeance familiale lointainement emprunté à la tragédie grecque sert de prétexte à NWR pour décrire Bangkok comme un monde climatisé et cosmopolite où, malgré les apparences, chacun reste chez soi. Les Américains sont forcément des salauds, trafiquants de drogue qui violent et massacrent de jeunes prostituées locales, les femmes sont des poupées décoratives ou des mères monstrueuses et dévorantes, les Thaïlandais portent d’insondables masques et sont invincibles à la bagarre et au couteau. NWR est danois et il promène avec lui son humour viking et une vision réfrigérante de l’humanité. Les capitaux sont français et NWR se fait un point d’honneur à réduire à néant l’aura critique et la respectabilité hollywoodienne récoltés par Drive. On se perd en conjoncture devant un tel objet hallucinogène, qui peut fasciner, irriter ou laisser indifférent. Le sentiment d’étrangeté est suffisamment tenace pour qu’on ait envie d’y retourner.

 

 

 

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