Olivier Père

Cannes 2013 Jour 4 : Stop the Pounding Heart de Roberto Minervini (Sélection officielle – hors compétition)

C’est l’une des premières belles surprises de ce festival. Cette sélection récompense le travail d’un jeune auteur, Roberto Minervini, qui s’inscrit dans la tradition des cinéastes essayiste dont le regard sur le monde mêle captation pure de la réalité, filtre poétique et étude sociologique. Stop the Pounding Heart suit la vie de Sara et ses onze frères et sœurs issus d’une famille de fermiers très religieux qui suivent de rigoureux préceptes bibliques. Comme ses sœurs, Sara apprend à être une femme pieuse, soumises aux hommes tout en gardant une pureté émotionnelle et physique intacte jusqu’au mariage. Quand Sara rencontre Colby, un jeune cow-boy adepte de rodéo, elle se trouve confrontée à des doutes, remettant en cause le seul mode de vie qu’elle n’ait jamais connu.
Portrait émouvant de l’Amérique contemporaine et de ses communautés insulaires, Stop the Pounding Heart est une exploration de l’adolescence, de la famille, des valeurs sociales et du rôle de la religion dans les zones rurales du Sud des États-Unis.

Stop the Pounding Heart

Stop the Pounding Heart

 

Entretien avec Roberto Minervini

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Il m’a fallu du temps avant de commencer à pouvoir faire des films. Pour des raisons d’argent j’ai d’abord dû exercer un métier complètement différent. J’ai fait des études de commerce en Italie puis j’ai rencontré ma future épouse et nous sommes partis vivre à New York où j’ai passé un master en cinéma. Ensuite je suis parti enseigner le cinéma aux Philippines, le pays de ma femme. Puis pour des raisons familiales je suis retourné aux Etats-Unis, au Texas, où j’ai réalisé mon premier film en 2011, The Passage, inspiré par le décès de ma belle-mère. Depuis je vis toujours au Texas où j’ai réalisé deux autres films, Low Tide et Stop the Pounding Heart.

Roberto Minervini et Olivier Père à Cannes

Comment définiriez-vous votre travail ?

Au Texas, je me suis imposé une sorte d’exil volontaire, car je suis très isolé. Donc je me sens libre de toute pression ou influence. Mon travail s’inspire des rencontres humaines que j’ai pu faire, des lieux et des paysages qui m’ont fascinés. J’ai commencé par dresser le portrait des habitants. Je me pose beaucoup de questions sur qui se passe actuellement en Amérique et en particulier dans les états du Sud, et j’essaie d’y apporter un éclairage juste. Mes films sont des explorations et ma contribution à des tentatives de réponses sur les grands sujets américains. Des questions qui concernent les problèmes sociaux, ou parfois juste les relations humaines.

Vous semblez fasciné par l’Amérique profonde et sa relation avec la religion, la violence, les armes, le rodéo.

Oui c’est le point de vue d’un étranger, d’un Européen, mais les gens m’ont ouvert leur porte avec beaucoup de générosité, et m’ont laissé explorer leur culture y compris dans ses aspects les plus controversés comme la place des hommes et des femmes dans une société très extrémiste, les armes ou le fondamentalisme religieux. J’ai mis certaines de mes convictions de côté pour essayer de comprendre les leurs.

Combien de temps avez-vous passé avec ces fermiers ?

Je les connais depuis 2009, et ils font tous des apparitions plus ou moins longues dans mes trois films. Je les fréquente régulièrement chaque semaine. Je ne prépare pas un film d’une manière traditionnelle, mais c’est en les côtoyant et en ayant une relation de confiance, de respect et d’intimité et que les choses se mettent en place. Certains des fermiers qui jouent dans Stop the Pounding Heart ont déjà vu le film et sont arrivés à Cannes pour la projection, les autres pas encore.

Roberto Minervini

Quelles sont vos méthodes de travail avec les acteurs ?

La plupart du temps je ne leur demande pas de jouer devant la caméra. Nous discutons des situations, mais je me contente de les filmer tels qu’ils sont. Avec quelques exceptions. Je collecte beaucoup de matériel filmé et à la fin j’élimine au montage les moments où j’ai le sentiment d’être trop manipulateur, et je conserve tout ce qui relève davantage de l’observation. Il n’y a pas une seule ligne d’écrite pour ce film, tout le travail s’est fait au tournage et au montage. J’évite même de noter tout ce que je filme afin de redécouvrir les choses au montage et de poursuivre d’une autre manière le processus créatif après le tournage. Le montage est réellement le moment le plus important de mon travail.

Pourquoi avoir choisi le Texas et pas un autre état ?

Le Texas est un état très particulier. J’ai beaucoup étudié son histoire et c’est un état fascinant à cause de sa fierté, de son isolationnisme. Sur le plan social, économique et même artistique c’est un état en meilleure santé que bien d’autres états du pays. L’affirmation d’un retour au fondamentalisme religieux au Texas est quelque chose de très significatif sur l’état d’esprit qui règne aux Etats-Unis. Le Texas est une photographie très précise des Etats-Unis, car plus explicite et moins hypocrite que d’autres états, sur la politique concernant les armes à feu par exemple.

Comment produisez-vous vos films ?

Parfois je me demande ce que j’ai fait pout être aussi isolé dans le monde du cinéma, mais cela me donne beaucoup de liberté. Mes films sont autoproduits, avec des apports de capitaux privés ou d’institutions, et ils coûtent généralement le prix d’un court métrage amateur ou d’un film d’étudiant. Je fais tout moi-même avec l’aide de ma femme. Et c’est très difficile.

En tant que spectateur ou cinéphile, quel est le film à Cannes cette année que vous voulez absolument voir ?

Je voulais voir Elid’Amat Escalante car je le connais personnellement mais j’étais trop fatigué pour assister à la projection. J’ai très envie de voir les films de Jia Zhangke et de Lav Diaz.

Norte hangganan ng kasaysayan de Lav Diaz

Norte hangganan ng kasaysayan de Lav Diaz

 

 

Remerciements à Virginie Apiou.

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