Olivier Père

Cannes 2013 Jour 1 : Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann (Sélection officielle – Hors compétition, film d’ouverture)

A défaut d’être un vrai bon film, Moulin Rouge ! était une comédie musicale qu’on s’était surpris à aimer – et à revoir – lors de la soirée d’ouverture du Festival de Cannes en 2001, malgré de sérieuses et légitimes réserves esthétiques. L’histoire d’amour était belle et émouvante, l’utilisation des chansons gonflée et efficace, le résultat excitant, son actrice principale, Nicole Kidman, sublime.

Et l’idée d’une évocation fantaisiste de la Bohème parisienne de la fin du XIXe siècle et du Moulin Rouge, présenté comme le berceau du clubbing, n’était pas si bête. Baz Luhrmann faisait le malin dès ses premières images en organisant un bordel visuel carabiné, cumulant les défauts des précédentes incursions de Bob Fosse (la surcharge décorative) ou Ken Russell (les anachronismes fumeux) dans le domaine du néo musical. La “Baz Luhrmann’s touch” se résumait alors à une direction artistique pompière et à un montage exténuant hérité de MTV. Moulin Rouge! parvenait pourtant à nous intriguer positivement. Gatsby le Magnifique est sans doute plus respectable, mais il est sans vraie surprise.

De nouveau chargé d’ouvrir les festivités à Cannes, un peu comme si son goût pour les fêtes dans ses films devait assurer au moins la promesse d’un service maximum niveau glamour, paillettes et star system – ne parlons même pas de la fête après le film, malgré la pluie battante – Baz Luhrmann revient avec cette nouvelle adaptation du roman de Fitzgerald, déjà porté plusieurs fois à l’écran (on se souvient d’un film vaguement décoratif et académique avec Robert Redford et Mia Farrow.)

Au début du film – la partie « festive » Luhrmann semble brader ses effets de style qui surprennent et agacent moins qu’à l’époque de Romeo+Juliette et Moulin Rouge !. Peut-être que le cinéaste considère son dernier opus comme l’œuvre de la maturité, après les extravagances un peu fofolles de sa « trilogie du rideau rouge » et le coup de fouet en retour du catastrophique Australia. N’exagérons rien. Gatsby le Magnifique démontre une fois pour toutes que Luhrmann est un cinéaste assez impersonnel et sans style véritable – ici il lorgne du côté des derniers films de Scorsese. La seconde moitié est plus élégante, voire classieuse (c’est la moindre des choses avec un sujet pareil) et repose essentiellement sur les performances d’acteurs, tous excellents et très bien habillés.

Voilà un film pas très inspirant qui remplit son contrat de spectacle haut de gamme, avec utilisation « intimiste » donc moins fatigante que d’habitude de la 3D. C’est aussi un nouvel écrin permettant à Leonardo Di Caprio de peaufiner son statut de héros romantique. Il y travaille, avec succès, de film en film. C’est peut-être lui le véritable auteur de Gatsby le Magnifique.

Le film est sorti aujourd’hui dans les salles françaises, distribué par Warner Bros.

 

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