Olivier Père

Attaque ! de Robert Aldrich

Jack Palance dans Attaque !

Jack Palance dans Attaque !

Attaque ! (Attack, 1956) de Robert Aldrich est disponible en DVD et Blu-ray depuis le 2 mai, aux éditions Filmédia. Après les ressorties de Fureur apache et L’Ultimatum des trois mercenaires et en attendant celle de Deux filles au tapis nous parlons ici du Aldrich première période. Attaque ! clôt en effet un cycle de films réalisés dans les années 50 (débuté par Bronco Apache et poursuivi par Vera Cruz, En quatrième vitesse, Le Grand Couteau) qui va asseoir la réputation critique d’Aldrich aux Etats-Unis et surtout en Europe où il devient très rapidement l’un des cinéastes américains favoris de la critique cinéphile et des festivals (Attaque ! sera présenté avec succès à la Mostra de Venise.) C’est donc en seulement deux ans (de 1954 à 1956) que le jeune Aldrich va établir sa gloire et sa réputation, tandis que la suite de sa carrière sera surtout constituée d’échecs et de bides publics et critiques, uniquement jalonnée de quelques gros succès commerciaux (Qu’est-il arrivé à Baby Jane, Les Douze Salopards, Plein la gueule). Attaque ! marque donc l’apothéose provisoire du cinéma d’Aldrich dans les années 50 : le cinéaste aime aborder des sujets importants et brûlants, politiquement engagés, en refusant certaines conventions hollywoodiennes comme le « happy end ». Adapté d’une pièce de théâtre à l’instar du Grand Couteau, Attaque ! met en scène la rivalité entre deux officiers durant l’offensive des Ardennes. Cooney (Eddie Albert) est un capitaine incompétent et inapte au commandement qui a provoqué la mort de quatorze hommes par lâcheté. Le lieutenant Costa (Jack Palance), soldat exemplaire, souhaite dénoncer Cooney mais ce dernier est protégé par le colonel Bartlett (Lee Marvin) car Cooney vient d’une famille riche et son soutien est précieux dans la vie civile. Ce conflit entre l’héroïsme ordinaire des soldats de terrain et l’arrivisme et la stupidité d’une certaine aristocratie de planqués aussi dangereuse que l’ennemi sur le front sera au cœur d’un autre film sur la Seconde Guerre mondiale, Croix de fer de Sam Peckinpah en 1978. Comme à son habitude Aldrich dynamite le matériau théâtral d’origine par une mise en scène baroque aux cadrages très expressifs, qui exaspère la violence de l’action mais aussi des tensions entre les personnages. Dans les années 50 plusieurs films de guerre américains se caractérisent par leur antimilitarisme (Les Sentiers de la gloire) et Aldrich semble montrer le chemin à Kubrick, y compris sur le plan du style. Il faut remarquer que plusieurs films suivants d’Aldrich seront taxés de fascisme au moment de leur sortie (Les Douze Salopards, Fureur apache, Bande de flics) alors que le cinéaste n’avait en rien renoncé à ses idéaux de gauche et qu’il avait même radicalisé ses prises de positions contre la politique américaine à la fin de sa carrière (revoir l’étonnant Ultimatum des trois mercenaires pour s’en convaincre.)

Interprétations remarquables de Jack Palance, Eddie Albert et Lee Marvin, trois acteurs qui trouvèrent quelques-uns de leurs meilleurs rôles devant la caméra d’Aldrich.

 

A noter que le 20 mai ARTE diffusera à 22h35 Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (What Ever Happened to Baby Jane ?, 1962) l’un des films les plus célèbres de Robert Aldrich, huis-clos morbide et grand-guignolesque sur deux sœurs anciennes actrices hollywoodiennes décaties interprétées par Bette Davis et Joan Crawford géniales en harpies hystériques.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?

 

Catégories : Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *