Olivier Père

La Guerre des gangs de Lucio Fulci

L’éditeur indépendant The Ecstasy of films met en vente à partir du 30 avril (en magasins et sur son site) un DVD Collector de La Guerre des gangs (Luca il contrabbandiere, 1980) de Lucio Fulci, titre emblématique de ce réalisateur et du cinéma bis transalpin.

Entre deux films fantastiques, Lucio Fulci réalise son unique polar, genre alors très en vogue en Italie. Plutôt que d’illustrer le sempiternel combat entre flics et voyous, Fulci préfère s’inscrire dans une tradition du cinéma criminel où les protagonistes sont des gangsters, et où la loi du milieu et le code d’honneur propre à la mafia sont censés faire régner l’ordre et protéger les affaires des agissement de ceux qui n’en respectent pas les règles. Mafia ou plutôt Camorra puisque le film de Fulci se déroule à Naples, cité de tous les trafics. La Guerre des gangs est le récit de la rivalité féroce qui oppose un trafiquant de cigarettes (Fabio Testi) et un caïd marseillais aux méthodes brutales (Marcel Bozzuffi), spécialisé dans la cocaïne et bien décidé à étendre son empire sur la ville. On l’aura compris, le film expose la différence entre une entreprise locale et artisanale de contrebande « inoffensive » (le sympathique Luca décrit comme un brave père de famille) et le crime organisé, sorte de multinationale dirigée par des psychopathes monstrueux et sans aucun scrupules. Mais la Camorra veille… C’est elle qui appliquera sa propre justice à la fin (Lucio Fulci interprète lui-même l’un des vieux parrains.) La glorification du milieu napolitain seul bouclier pour protéger la ville contre les trafiquants de drogue étrangers ne laisse planer aucun doute sur les largesses et la protection dont a bénéficié la production au moment de la préparation et du tournage de La Guerre des gangs.

La "Fulci's Touch" appliquée au film de gangsters : l'un des personnage principaux reçoit une balle en pleine gorge

La « Fulci’s Touch » appliquée au film de gangsters : l’un des personnages principaux reçoit une balle en pleine gorge

Fulci injecte à un contenu réaliste des scènes d’ultra-violence dignes de ses films d’horreur. Les maquillages sanglants et les trucages ordinairement réservés aux zombies et autres créatures surnaturelles se trouvent ici associés à des fusillades ou des séquences de torture. Nombreux visages et corps suppliciés (passage à tabac, viol, défiguration au chalumeau), carbonisés dans des explosions ou déchiquetés par des impacts de balles : on reconnaît le sadisme sans limites de Fulci et son regard nihiliste sur un monde déshumanisé où les valeurs morales mais aussi l’intégrité physique des personnages sont constamment bafouées. Ce glissement de l’onirisme vers l’hyperréalisme le plus choquant transforme La Guerre des gangs, de simple polar de série, en authentique film malade, cauchemardesque, mis en scène avec une virtuosité exceptionnelle mais extrêmement malsain et à réserver aux plus endurcis des fans de Fulci. Dont nous faisons partie, il faut bien l’avouer.

 

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