Olivier Père

Grizzly, le monstre de la forêt de William Girdler

Nous devons à Filmedia la surprenante initiative d’éditer en DVD et Blu-ray le 24 avril Grizzly, le monstre de la forêt (Grizzly, 1976), titre qu’on a revu pour l’occasion, motivé par le vague souvenir d’un sympathique film d’horreur.

Grizzly, le monstre de la forêt

Grizzly, le monstre de la forêt

Il faut dire que nous sommes amateurs des invasions animalières ou des grosses bêtes au cinéma. Les Oiseaux d’un côté, King Kong de l’autre. Impossible de faire mieux mais ces deux titres séminaux vont engendrer une descendance bâtarde et le filon ne n’est toujours pas tari. Dans les années 70 le bestiaire du cinéma fantastique va s’enrichir de nombreux arrivants, en général d’une taille et d’une agressivité supérieures à la moyenne. Après Hitchcock la faute en incombe cette fois-ci à Steven Spielberg et à l’énorme succès planétaire des Dents de la mer. Ainsi d’autres requins géants feront surface sur les écrans de cinéma, immédiatement suivis d’autres monstres aquatiques (l’orque tueuse d’Orca, le poulpe de Tentacules) puis d’une flopée de bestioles ailées, griffues ou poilues.

Si cette tendance a engendré une bonne parodie (Piranhas de Joe Dante), elle a surtout produit des plagiats indigestes et sans envergure. La palme revient dans ce domaine à Tentacules (qui rime avec ridicule) d’Ovidio Assonitis, tandis que La Mort au large, malgré un décalque évident du film de Spielberg, reste une des entreprises les plus sympathiques de l’Italien Enzo G. Castellari. Grizzly, le monstre de la forêt est signé William Girdler, cinéaste indépendant à qui l’on doit quelques réussites telles que Abby, version black de L’Exorciste, Le Faiseur d’épouvante (The Manitou), qui emprunte la voie ouverte par Polanski et son Rosemary’s Baby et surtout L’Abattoir humain (Three on a Meathook), un film d’horreur inspiré par Massacre à la tronçonneuse. Nous sommes en plein cœur du cinéma « grindhouse », ce fameux cinéma d’exploitation américain destiné à alimenter les doubles programmes des salles de quartier ou les écrans des « drive-in », dont William Girdler fut l’un des artisans les plus consciencieux et parfois inspiré comme en témoigne son délirant Faiseur d’épouvante avec Tony Curtis. On aura compris que les sujets originaux ne constituent pas la préoccupation principale de William Girdler, ni la plus grande qualité de ses films. Mais ils sont néanmoins correctement réalisés, avec des idées qui les éloignent de leurs modèles. Ecrit et filmé à la va-vite avec un petit budget qui interdit les effets spéciaux et les vedettes Grizzly se distingue par sa violence et plusieurs scènes très impressionnantes, parmi lesquelles les attaques sanglantes du grizzly qui démembre ses victimes à grands coups de pattes (séquence d’anthologie où l’ours en colère décapite un cheval !) Après s’être illustré dans le fantastique, l’action et la blaxploitation, Girdler réalise deux films d’horreur animalière, avec le même producteur et les mêmes acteurs principaux, Christopher George (très mauvais hélas) et Richard Jaeckel (vu souvent chez Robert Aldrich), Grizzly et Day of the Animals. Un discret message écologique alors en vogue est perceptible dans ces deux films. Girdler meurt prématurément en 1978 dans un accident d’hélicoptère aux Philippines, juste après le tournage du Faiseur d’épouvante. Il avait trente ans et il eut le temps de réaliser neuf films ! Neuf films relativement obscurs et pourtant un petit culte est né autour de son œuvre. Réalisés avec des budgets serrés, ses films ont souvent été de gros succès commerciaux au moment de leurs sorties, malgré l’indifférence de la critique.

 

 

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