Olivier Père

The Act of Killing de Joshua Oppenheimer

Lorsque Joshua Oppenheimer (le film est coréalisé par Christine Cynn et un cinéaste qui a préféré garder l’anonymat) se rend en Indonésie pour réaliser un documentaire sur le massacre de plus d’un million d’opposants politiques en 1965, il n’imagine pas que, quarante-cinq ans après les faits, les survivants terrorisés hésiteraient à s’exprimer. Les bourreaux, eux, protégés par un pouvoir corrompu, s’épanchent librement et proposent même de rejouer les scènes d’exactions qu’ils ont commises. Joshua Oppenheimer s’empare de cette proposition dans un exercice de cinéma vérité inédit où les bourreaux revivent fièrement leurs crimes devant la caméra, en célébrant avec entrain leur rôle dans cette tuerie de masse.

Cet essai cinématographique compte parmi les rares véritables révélations et découvertes du Festival de Toronto et aussi parmi les films les plus impressionnants vus récemment. Il s’agit d’un documentaire réalisé en Indonésie sur les bourreaux sanguinaires qui participèrent aux massacres des opposants politiques mais aussi des populations commandés par la dictature après le coup d’état militaire de 1965 qui renversa le gouvernement du Président Sudarko. Recrutés parmi la pègre et les voyous, ils créèrent des milices paramilitaires et firent régner la terreur pendant plusieurs années, responsables d’un véritable génocide qui fit environ un million de victimes : intellectuels, présupposés communistes mais aussi Chinois et paysans… Les réalisateurs ont rencontré ces anciens assassins et tortionnaires qui ont prospéré, sont des patriarches ordinaires et occupent désormais des activités plus respectables comme la politique, sans jamais avoir été jugés, condamnés ou même inquiétés par la justice internationale ou celle de leur pays. Au contraire, monstres de cynisme ils se présentent en patriotes sauveurs de l’Indonésie ou en simple exécutants et ne laissent apparaître aucune trace de remords ou de sentiments de culpabilité. Les cinéastes ont alors l’idée de leur proposer de rejouer devant les caméras les scènes de crimes et de torture infligés à leurs victimes, comme s’ils étaient des héros de polars, de westerns ou de comédies musicales. Car ces gangsters, dont certains étaient ouvreurs dans les salles de quartiers dans les années 60 se rêvaient en stars de cinéma, fascinés par le cinéma hollywoodien. Ils expliquent que l’interdiction du cinéma américain par le gouvernement socialiste fut l’un des déclencheurs de leur haine des gauchistes. Aujourd’hui ils se réjouissent d’accomplir enfin leurs rêves sans même soupçonner que les cinéastes révèlent leur effroyable monstruosité grâce à ces dispositifs inédits. Dans une mise en scène horrifique avec maquillages et éclairages sanglants on voit ainsi un bourreau hanté devant la caméra par ses anciennes victimes qui reviennent sous la forme de fantômes, puis la même personne découvrir le film avec ravissement en compagnie de ses petits-enfants.

The Act of Killing

The Act of Killing

Ce documentaire a tellement impressionné Errol Morris et Werner Herzog, auquel on pense beaucoup devant The Act of Killing, qu’ils en sont devenus les producteurs exécutifs. On les comprend. Le film sort aujourd’hui en France, distribué par ZED.

 

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