Olivier Père

Le Carnaval des truands de Giuliano Montaldo

Parmi les nombreux genres hollywoodiens que le cinéma de quartier revisita en Europe dans les années 60, le « film de casse » (« heist movie » en version originale anglaise) tient une place qui est loin d’être négligeable. Tout simplement parce que la préparation minutieuse, les répartitions des tâches entre une équipe de spécialistes, les prouesses intellectuelles et physiques des exécutants, le recours à des gadgets sophistiqués constituent une mine d’or pour les variations maniéristes, les dispositifs à la limite de la gratuité et un éloge en creux du professionnalisme. La constitution d’équipes de voleurs de nationalités diverses est également une métaphore astucieuse du financement des films eux-mêmes, produits par plusieurs pays européens exigeant la présence d’une vedette nationale dans le casting. Le Carnaval des truands (Ad ogni costo, 1967) est un must absolu du film de casse européen. Il obéit strictement au programme du genre (jusqu’à l’intervention inattendue de la malchance comme dans le film étalon Quand la ville dort de John Huston) avec un traitement caractéristique du cinéma italien de l’époque : distribution parfaite mêlant vieilles gloires hollywoodiennes (Edward G. Robinson) et gueules des salles de quartier (l’inévitable Klaus Kinski), musique géniale de Ennio Morricone et Bruno Nicolai, utilisation maximale des décors naturels (Rio de Janeiro) mais aussi des transparences et des décors stylisés. La remarquable scène de hold-up acrobatique et silencieuse constitue le chaînon manquant entre celle – classique – de Du rififi chez les hommes de Jules Dassin et celle – postmoderne – de Mission : impossible de Brian De Palma. De Palma aurait-il vu le film de Giuliano Montaldo ? Connaissant son intérêt pour le cinéma italien de genre et son incartade dans l’euro trash de luxe (Femme Fatale, avec une nouvelle fois casse et haute voltige), cela n’est pas à exclure.

Le Carnaval des truands

Le Carnaval des truands

Cinéaste engagé Giuliano Montaldo a débuté sa carrière en 1962 avec Le Commando traqué, l’histoire d’un jeune homme qui rejoignait les milices fascistes sous la république de Salò. Après Le Carnaval des truands Montaldo a réalisé un bon thriller maffieux avec John Cassavetes (Les Intouchables), un honnête film de guerre (A l’aube du cinquième jour) et son plus gros succès populaire et critique Sacco et Vanzetti. Mais aucun de ces titres, ni les suivants, ne valent Le Carnaval des truands qui est paradoxalement l’un de ses films les moins personnels et le plus commercial (produit par Papi et Colombo qui firent fortune avec Une poignée de dollars de Sergio Leone.)

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