Olivier Père

Chinatown de Roman Polanski

Ce film enfanté dans la douleur par Polanski, le producteur Robert Evans et le scénariste Robert Towne, sans parler des conflits avec les deux stars Jack Nicholson et Faye Dunaway compte parmi les meilleurs du cinéaste. Il est ressorti mercredi en copie neuve, distribué par Splendor. L’occasion de le revoir sur grand écran.

Chinatown

Chinatown

Chinatown (1974) rappelle que Polanski, admirateur de Welles et de Hitchcock, aurait pu connaître une carrière hollywoodienne éblouissante et s’épanouir artistiquement dans le système pourtant impitoyable des studios si les affres de sa vie privée n’en avaient voulus autrement.

Chinatown est une relecture du film noir à la manière des années 70, c’est-à-dire sans aucun désir de reconstituer le style des films des années 30 (ce n’est en rien un pastiche) mais au contraire l’époque même de l’action, avec un surcroît de réalisme (le film est en couleur et en Panavision) et une soin extrême apporté à la reconstitution de l’époque (beauté des costumes et des décors). Chinatown devient ainsi un film contemporain qui se déroule en 1937. Son histoire et ses thèmes renvoient à l’atmosphère de conspiration et de violence qui hante le cinéma américain des années 70 quand les Etats-Unis étaient traumatisés par les assassinats des frères Kennedy, la guerre de Vietnam et le Watergate. Ceci dit Chinatown n’est pas un thriller paranoïaque de plus dans la lignée des films de Pakula ou Pollack. Son enquête policière, qui débute de manière très banale, dévoile une dimension politique et dénonce le début de la corruption généralisée, la perversion de tout un système (la libre entreprise) et d’un mode de pensée de l’Amérique bâtie grâce à la conquête d’un territoire sauvage et à la loi du plus fort. Mais comme toujours, le cinéma de Polanski s’intéresse à des intrigues de films de genre ou à des études de caractères très intimes pour déboucher sur des considérations métaphysiques.

Chinatown est un pur chef-d’œuvre. Cette enquête de détective à la Sam Spade ou Philip Marlowe dissimule une incroyable plongée aux racines du Mal. La corruption dont parle Polanski est politique mais aussi sexuelle, morale. Le Mal est incarné dans le film par une figure patriarcale mêlant pouvoir et perversion. C’est John Huston, scénariste et cinéaste qui réalisa plusieurs films noirs avec Bogart mais aussi une adaptation de La Bible où il jouait Noé qui prête ses traits au maléfique Noah Cross. Noah = Noé en anglais et l’intrigue de Chinatown, autour de l’approvisionnement en eau de la région de Los Angeles, n’est pas sans entretenir de nombreuses correspondances avec l’Ancien Testament.

Tout est très complexe dans Chinatown. Tout y est parfait aussi, des circonvolutions du récit et de la mise en scène aux interprétations magistrales de Jack Nicholson et Faye Dunaway.

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *