Olivier Père

Singularités d’une jeune fille blonde de Manoel de Oliveira

Dans le cadre du Festival du cinéma d’Arte on pourra voir ou revoir ce soir à 23h20 sur la chaîne Singularités d’une jeune fille blonde (Singularidades De Uma Rapariga Loira, 2009) de Manoel de Oliveira.

Singularités d'une jeune fille blonde

Singularités d’une jeune fille blonde

Nous ne saurions trop recommander ce film génial du cinéaste portugais centenaire qui compte parmi ses plus beaux et confirme sa proximité avec Buñuel. Comme Cet obscur objet du désir, Singularités… est le récit d’une passion malheureuse racontée par son personnage principal à une inconnue dans un train. Comme dans Belle de jour, la blondeur immaculée de la jeune femme bourgeoise dissimule un secret, un vice, une névrose. De Buñuel à Hitchcock il n’y a qu’un pas et le film de Oliveira dialogue aussi avec ceux du maître anglais, ses héroïnes frigides et kleptomanes. Les trois grands cinéastes d’inspiration catholique partagent un sens commun de l’érotisme et du péché, montrant le moins pour exprimer le plus avec un goût du détail qui confine au fétichisme.
Luísa (la très belle Catarina Wallenstein) est sœur de Marnie et de Séverine, mais aussi de Madeleine / Judy (Kim Novak dans Sueurs froides) puisqu’elle est pour le narrateur un fantasme, un trophée, une poupée sur laquelle il projette ses désirs (moins sexuels que de réussite et d’intégration sociales) et qu’il jette et méprise lorsqu’il en découvre la faille, la souillure allégorique qui symbolise la peur des hommes devant les mystères de la sexualité féminine, à l’instar des grands paranoïaques décrits par Buñuel. L’image finale du film, impressionnante, est celle d’un mannequin désarticulé, qui perd son charme et son pouvoir de fascination, anéantie par l’ordre moral et le regard accusateur de son fiancé. Chez Oliveira la femme « est » le pantin. Conclusion cruelle, implacable pour l’un des chefs-d’œuvre d’Oliveira, paradoxalement féministe, qui avec ce film et le suivant, L’Etrange Affaire Angelica, est arrivé à une épure classique de son art.

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

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