Olivier Père

American Graffiti de George Lucas

Le deuxième film de George Lucas et son premier grand succès commercial est ressorti mercredi sur les écrans français. Il fut réalisé en 1973 deux ans après l’échec de THX 1138. Cet ambitieux film futuriste, presque expérimental dans sa forme, était produit par Lucas avec Francis Ford Coppola sous la bannière de leur toute nouvelle société American Zoetrope. Le bide total du film, distribué – et charcuté au montage – par Warner, provoquera la première faillite des deux amis (pas la dernière en ce qui concerne Coppola.)

American Graffiti est le seul film réalisé par Lucas qui n’appartient pas au genre de la science-fiction, mais il se rattache à l’autre passion du jeune cinéaste, l’automobile. Les bagnoles jouent un rôle important dans American Graffiti. C’est en effet dans une voiture, symbole de liberté et d’émancipation, que la plupart des jeunes Américains des années 50 et 60 ont perdu leur virginité, sur un parking isolé, en pleine campagne ou pendant une séance de drive-in.

American Graffiti est une chronique de l’adolescence californienne, centrée sur une virée nocturne de jeunes garçons et filles, un été 62, qui vont bientôt quitter le lycée pour entrer dans la vie active. On désigne souvent Lucas comme l’inventeur avec ce film du « teen movie » moderne, voire du « feel good movie », construit sur une accumulation de situations drôles, graveleuses, nostalgiques et émouvantes. A revoir American Graffiti on se rend compte qu’il s’agit d’un film très mélancolique, évocation d’une période d’insouciance pour toute une génération mais aussi tout un pays, avant que n’éclate la guerre du Vietnam. Film sur la fin de l’innocence, American Graffiti se conclut sur des images fixes du style « que sont-ils devenus ? », et le destin des personnages n’est pas très brillant. Ils ont vécu leurs meilleures années, leurs rêves sont derrière eux et l’un d’entre eux est mort au Vietnam.

Le saviez-vous : American Graffiti comptait Marguerite Duras (et compte toujours Benoit Jacquot) parmi ses admirateurs. La première internationale du film eut lieu au Festival de Locarno, le 2 août 1973, le lendemain de sa première projection publique aux Etats-Unis. Enfin, la colonne sonore du film constituée de standards du rock n’ roll de l’époque, et qui contribua largement à son succès, est la même que voulait Pascal Thomas pour son premier long métrage Les Zozos, sorti au début de l’année 73, et qu’il ne parvint pas à obtenir en raison du coût des droits musicaux. En 1978 un ami de Lucas, John Milius, livrera sa propre version de ses souvenirs de jeunesse, dans le monde du surf : le magnifique Big Wednesday, qui sera rebaptisé en France… Graffiti Party !

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