Olivier Père

Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini

Mamma Roma

Mamma Roma

Après avoir convié des cochons déguisés en bourgeois aux noces de son ancien amant et souteneur, Mamma Roma, une prostituée, retrouve son fils, un adolescent qu’elle avait laissé à la campagne afin de le tenir à l’écart de ses activités « professionnelles ». Pier Paolo Pasolini n’aimait pas beaucoup Mamma Roma (1962), déchirante tragédie prolétaire, car il n’y constatait aucune évolution artistique par rapport au coup d’éclat inaugural d’Accattone (1961). Le choix d’Anna Magnani dans le rôle-titre pouvait même laisser penser que le cinéaste, après un premier film sauvage joué par des comédiens amateurs, s’abandonnait à une forme institutionnalisée de néoréalisme tardif. La collaboration avec la grande Magnani ne débouche pas sur un résultat aussi fabuleux qu’avec le génial comique Totò. Cependant, Mamma Roma marque une étape magnifique vers cette idée de « cinéma de poésie » chère à Pasolini. Dès les premiers plans, les distances prises avec le néoréalisme, et avec les autres films consacrés au petit peuple italien, sautent aux yeux. Les références visuelles de Pasolini sont avant tout picturales. La frontalité du cadre, les personnages placés au centre du plan, figures de style fréquentes chez Pasolini, viennent de certains peintres du trecento, Masaccio ou Giotto, que le cinéaste admirait. L’utilisation de la musique classique (ici Vivaldi), le refus du plan-séquence ou du son direct participent à cette « fétichisation du réel » qui rend l’œuvre pasolinienne absolument unique au sein du nouveau cinéma des années 60.

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