En 1888, Émile Zola est frappé d'une révélation : on peut aussi écrire avec la lumière. En vacances à Royan, son ami le journaliste Victor Billaud l’initie à la photographie. Les plaques de verre sensibles, les optiques, le plaisir troublant d'être sous le drap noir face à l'image inversée du monde subjuguent l’auteur de L’assommoir. Il observe la chimie fragile, presque magique, qui fait surgir du néant ses amis ou sa famille. Le déclic d’une nouvelle passion : pendant les dernières années de sa vie, Zola va patiemment tricoter le long récit en images de sa vie intime et sensible. Plus de deux mille clichés révèlent un homme partagé entre deux amours et deux existences : l'une auprès de sa femme, l'autre auprès de sa maîtresse et de leurs deux enfants. Mais l’écrivain, alors au sommet de sa gloire littéraire, ne tourne pas seulement la tendresse de son regard vers la sphère privée. Il s’ouvre aussi aux métamorphoses de son époque, notamment d’un Paris en pleine mutation urbaine.
Un regard décadré
Quoi de plus logique que l’écrivain le plus emblématique du naturalisme succombe à la photographie et à sa captation technique du réel ? Ce documentaire fait le récit d’une naissance, celle d’un second Zola peu connu du grand public. "Augmenté" de sa coûteuse optique Zeiss, il compose ses images avec enthousiasme. Chimiste en herbe, il développe lui-même ses vues dans son laboratoire, mélange, dose, expérimente les solutions et consigne d’autres composantes que les tourments de l’âme humaine. "La photographie me repose de la littérature : je regarde, je n’interprète pas", écrit-il. C’est donc l’avènement d’un nouveau rapport au monde qui se révèle avec Zola photographe : moins critique, plus sensible à sa beauté qu’à ses laideurs, mais tout aussi scrutateur et profond. Une découverte de l’homme derrière le mythe, commentée par Martine Le Blond-Zola, son arrière-petite-fille, et Bruno Martin, chargé de collections à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, grand spécialiste de Zola.