Célibataire endurci et bon vivant, Raymond Pinsard ne vit que pour son travail de mécanicien sur une locomotive à vapeur et les parties de billard qu’il partage avec ses copains dans le café où travaille Simone, sa bonne amie. Grièvement blessé aux yeux en essayant de sauver la vie d’un collègue, il s’accroche à l’espoir de recouvrer la vue grâce à une opération. Alors qu’il devient de plus en plus difficile à vivre, sa mère, sa sœur et son beau-frère, dont il partage le logement, le poussent à apprendre un nouveau métier au sein d’un institut pour aveugles. D’abord récalcitrant, Raymond accepte de s’initier à la réparation de postes de radio, puis de participer aux cours de braille que donne Louise Louveau, une jeune enseignante aveugle…
Palette d’affects
Cinq ans après le drame Martin Roumagnac, Jean Gabin retrouve le réalisateur Georges Lacombe pour une romance aujourd’hui oubliée malgré le prix d’interprétation qu’elle lui valut à la Mostra de Venise. Adoptant une approche quasi documentaire, ce film émouvant dépeint autant la prise en charge en centre spécialisé des personnes atteintes de cécité que les différentes étapes psychologiques qu’engendre la survenue soudaine du handicap et le combat à mener contre soi-même pour retrouver une identité sociale. Avec justesse, Gabin parvient à exprimer toute la palette des affects de son personnage, du déni à la colère, du désespoir à son éveil à l’amour véritable qu’il éprouve pour Louise, incarnée par Simone Valère, jeune première à la grâce touchante.