Souleymane, un jeune Guinéen sans-papiers, pédale à Paris pour le compte d'une plate-forme de livraison de nourriture. Chaque nuit, il livre ses repas à une élite citadine indifférente à son parcours et à ses difficultés, quand elle n'est pas carrément agressive. À chaque lueur de gyrophare, Souleymane tressaille. Le boulot lui a été trouvé par un intermédiaire, qui prête son compte sur la plate-forme et accapare une large part des revenus de ce travailleur clandestin. Le soir, dans le centre d'accueil qui l'héberge, ou à vélo tandis qu'il pédale, Souleymane répète son histoire, qu'on lui a taillée sur mesure pour tenter de passer sous les fourches caudines de l'administration française et d’obtenir, enfin, le sésame des papiers. Dans deux jours, il a rendez-vous avec l'agent de l'Ofpra qui recueillera ses mots.
Révélation
C'est peu de dire que l'acteur Abou Sangaré, extraordinaire, de tous les plans, ancre le personnage de Souleymane dans la réalité : repéré lors d'un casting sauvage à Amiens, le Guinéen sans-papiers aura obtenu le César de la révélation masculine avant son titre de séjour, qu'il doit désormais renouveler chaque année. Boris Lojkine, réalisateur remarqué de Hope en 2014, le suit sans pathos, au fil de décors urbains où la solidarité se révèle entre travailleurs de nuit, par petites touches qui font toute la différence sur le long chemin de croix des exilés. Un chef-d'œuvre qui piétine le cœur, récompensé notamment du meilleur scénario original au Festival de Cannes.