Il y a plus d’un siècle, Flosi Björnsson et ses huit frères se sont isolés au pied du Vatnajökull, le plus grand glacier d’Islande. Dans cette contrée reculée, aucun d’eux ne s’est marié ni n’a eu d’enfants. Ils ont consacré leur vie au glacier bien avant que quiconque n’évoque sa fonte. Leur ferme, abandonnée, est restée scellée jusqu’à aujourd’hui. Le photographe Ragnar Axelsson, réputé pour son travail sur la vie dans les régions arctiques, revient en ce lieu où il a passé les étés de son enfance. Alors qu’il rouvre les portes de la ferme, la voix de Flosi résonne à nouveau, comme un requiem.
Voyage dans le temps
Le glacier Vatnajökull fond au rythme de cinquante centimètres par an, et pourrait disparaître entièrement d’ici un siècle et demi. Dans les années 1930, Flosi Björnsson écrivait déjà dans son journal : "Après 1890, le recul et la fonte de plusieurs glaciers de la région se sont accentués. C’est épouvantable." Aujourd’hui, comme appelés par les notes de cet observateur passionné, d’autres pèlerins affluent vers le glacier et constatent l’accélération du phénomène. Grâce à Ragnar Axelsson, la vie réinvestit la maison de Flosi et ses frères, livrée à la poussière et aux toiles d’araignées, figée comme une nature morte. Les objets, les photos, les films Super-8 s’animent et font résonner le passé. Dans les pas du photographe en exploration, les réalisateurs Pepe Andreu et Rafa Molés scrutent les parois du glacier monumental dans des images cadrées comme des tableaux, à l’écoute de ses craquements, de ses soupirs, de sa musique. Un voyage dans le temps tantôt immobile, tantôt mouvant, hommage poétique à une nature qui disparaît et aux humains qui veulent bien prêter l’oreille à son souffle.