Première pièce : la flotte de l'armée grecque, conduite par Agamemnon, vogue vers Troie. Mais le vent fait défaut et, pour déployer son souffle, Diane, la déesse de la chasse, réclame le sacrifice d'Iphigénie, la fille du roi mycénien...
Seconde pièce : Iphigénie a fait un terrible cauchemar. Elle a vu sa mère, Clytemnestre, assassiner son père, tandis qu'elle-même tuait Oreste, son frère. Thoas, le roi des Scythes, alarmé par l'oracle qui lui a prédit qu'un étranger causerait son trépas, a ordonné que toute personne arrivant en Tauride soit mise à mort…
Victime et bourreau
Au XVIIIe siècle, Gluck, compositeur allemand visionnaire, a transcrit en musique la malédiction des Atrides. Depuis le Grand Théâtre de Provence, Dmitri Tcherniakov met en scène dans un même spectacle deux de ses opéras français où Iphigénie, la fille de Clytemnestre et d'Agamemnon, en guerre contre les Troyens, est tour à tour victime (Iphigénie en Aulide, 1774) et bourreau (Iphigénie en Tauride, 1779). Plongeant le spectateur dans la demeure familiale, hantée par ses morts, Tcherniakov met en lumière un processus de déshumanisation aux résonances contemporaines. Inscrit dans un cycle de violence sans fin, un diptyque haletant dirigé par la cheffe d'orchestre Emmanuelle Haïm et servi dans le double rôle-titre par la soprano américaine Corinne Winters et la fine fleur du chant français.