Sur les rivages de Bretagne, le long de ses côtes de granit, un huis clos aquatique se répète à chaque marée basse. Sur l’estran mélancolique, les flaques d’eau salée se transforment en arènes éphémères miniatures, où habitants réguliers et visiteurs piégés tentent de survivre. Les prédateurs deviennent des proies, révélant des vulnérabilités inattendues, des alliances étonnantes se forment et des intrus doivent s’adapter à cette nouvelle loi du plus fort. Seigneur incontesté et terrassier hors pair, le homard trouve dans le congre un garde du corps. Le crabe parade en quête d’amour. Un bébé requin lutte contre l’asphyxie. Monstre prédateur aux neuf cerveaux, le poulpe caméléon chasse avec agilité. En charognards patentés, les nasses réticulées jouent les éboueurs. En maraude, le goéland guette du ciel les imprudents. Quant au bernard-l’hermite, figure drolatique en quête d’un logement vacant et sûr, il se faufile dans cette guerre impitoyable.
Combats titanesques
Grâce à des techniques de prise de vue innovantes, cette fresque haletante façon Microcosmos, dont la marée devient le métronome dramaturgique, plonge au cœur de l’estran et de ses combats titanesques pour la survie. Car chaque heure accentue la tension : la température monte, l’eau s’évapore, la salinité augmente et l’oxygène se raréfie, poussant ce petit monde du chacun pour soi à inventer des stratégies pour résister. La nuit, d’autres batailles font rage, comme cette séquence spectaculaire où une étoile de mer, échouant à détruire le bouclier d’une coquille Saint-Jacques, se venge sur une moule et sort son estomac pour l’avaler. Mais en révélant les prouesses de ce bestiaire haut en couleur, cette épopée fantastique offre aussi en les observant un reflet saisissant du réchauffement climatique. L’estran comme on ne l’a jamais vu.