Après six heures piégées dans la mare résiduelle, beaucoup de créatures touchent le fond. L’ingéniosité devient la clé de la survie, entre synchronisation des chasses, accouplements et naissances adaptés au rythme changeant des courants. Quand la femelle crabe vert mue, le mâle tente une approche amoureuse… Les balanes, incapables de se déplacer, trouveraient difficilement un partenaire si ces crustacés hermaphrodites n’étaient pas dotés du plus long pénis du règne animal : huit fois leur taille ! Au-dessus de la surface, plus de 700 espèces d’algues évoluent différemment pour se partager de maigres ressources. Sous l’eau, une limace “solaire” détourne la photosynthèse en absorbant les chloroplastes des algues : la kleptoplastie. À la tombée de la nuit, de nouveaux protagonistes entrent dans l’arène. Le compte à rebours final a commencé…
Combats titanesques
Grâce à des techniques de prise de vue innovantes, cette fresque haletante façon Microcosmos, dont la marée devient le métronome dramaturgique, plonge au cœur de l’estran et de ses combats titanesques pour la survie. Car chaque heure accentue la tension : la température monte, l’eau s’évapore, la salinité augmente et l’oxygène se raréfie, poussant ce petit monde du chacun pour soi à inventer des stratégies pour résister. La nuit, d’autres batailles font rage, comme cette séquence spectaculaire où une étoile de mer, échouant à détruire le bouclier d’une coquille Saint-Jacques, se venge sur une moule et sort son estomac pour l’avaler. Mais en révélant les prouesses de ce bestiaire haut en couleur, cette épopée fantastique offre aussi en les observant un reflet saisissant du réchauffement climatique. L’estran comme on ne l’a jamais vu.