Olivier Père

La Faille de Peter Fleischmann

Au cours des années 70, Michel Piccoli participe, en tant qu’acteur et parfois coproducteur, à plusieurs films politiques, dans la mouvance des « fictions de gauche » incarnée par Elio Petri en Italie (Todo modo), Yves Boisset, Jean-Louis Bertuccelli ou Francis Girod en France (L’Attentat, L’Imprécateur, L’État sauvage). Piccoli a toujours eu l’intelligence de ne pas pouvoir s’attribuer le beau rôle, et interprète régulièrement dans ces films des valets du pouvoir, ou de figures de la répression policière. Dans ce regroupement de films aux ambitions politiques, La Faille (1975) de Peter Fleischmann requiert une attention particulière. Peter Fleischmann (1937-2021) était l’un des principaux représentants du nouveau cinéma allemand apparu dans les années 1960-70, remarqué sur le plan international grâce à Scènes de chasse en Bavière (1969) dans lequel il auscultait le lynchage d’un jeune mécanicien soupçonné d’homosexualité. Fleischmann était premier assistant réalisateur sur le tournage de La Voleuse de Jean Chapot, où il rencontre Piccoli. La Faille est une coproduction européenne dont l’action se déroule dans une dictature fasciste, clairement identifiable comme la Grèce des colonels. Un modeste employé est arrêté sur un malentendu, et interrogé par un agent des forces spéciales qui le soupçonne de se livrer à des activités subversives. Le film se résume à un face-à-face psychologique entre un commissaire zélé (Piccoli) et un homme ordinaire victime d’une injustice (Ugo Tognazzi), qui débute dans les bureaux de la police et se prolonge durant un déplacement en voiture à travers le pays. La beauté des paysages ensoleillés contraste avec la tension qui s’installe entre les deux hommes, et la menace constante d’une exécution sommaire. Le film de Fleischmann, coscénarisé par Jean-Claude Carrière d’après un roman d’Antónis Samarákis, détonne dans la longue généalogie des fictions politiques de l’époque, en raison de ses qualités d’abstraction et du déplacement topographique d’une enquête kafkaïenne aux multiples coups de théâtre dans la campagne méditerranéenne. Ugo Tognazzi est remarquable dans un contre-emploi, tandis que son complice de La Grande Bouffe excelle à distiller à la fois de l’inquiétude et de la violence dans un personnage de fonctionnaire pris à son propre piège.

 

La Faille, invisible depuis longtemps, a été enfin édité en combo DVD/Blu-ray dans la collection « Make My Day ! » chez Studiocanal.

 

Pour les Parisiens, il sera projeté dimanche 18 janvier à 11h au Max Linder Panorama, dans le cadre du ciné-club « Caro Ennio », car c’est Ennio Morricone qui en a composé la musique.

 

 

 

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