Bloody Bird (titre français de Deliria ou Aquarius – le film s’est aussi appelé Stagefright pour le marché anglo-saxon) est le premier long métrage de fiction de Michele Soavi, d’abord assistant enthousiaste de Dario Argento et Joe D’Amato avant de passer à la mise en scène en 1987. C’est d’ailleurs D’Amato, artisan stakhanoviste de la série Z italienne qui produit Bloody Bird via sa société Filmirage, tandis que son acteur fétiche Luigi Montefiori (alias George Eastman) en signe le scénario sous un énième pseudonyme. Bloody Bird est un slasher qui se distingue, par ses qualités de mise en scène, du cinéma d’exploitation transalpin de l’époque. C’est aussi le chant du cygne de l’horreur à l’italienne – la fin des années 1980 verra la disparition progressive de ce cinéma de genre dynamique, populaire et stylisé, dont Soavi se présente à la fois comme l’héritier, le critique et le fossoyeur. Soavi possède un vrai talent de cinéaste et parvient à transformer une commande à micro-budget en pur exercice de style. L’action est concentrée dans un théâtre où des danseurs et comédiens sont massacrés à tour de rôle par un psychopathe échappé d’un asile. Les répétitions d’un spectacle idiot, entre grand-guignol et prétention artistique, est court-circuité par l’intrusion d’un tueur psychopathe qui va s’en prendre aux membres de la troupe, assez ridicules et incapables d’échapper à ses accès de violence. Seule Alicia (Barbara Cupisti) parvient à se faufiler entre les mailles du filet, et engage un jeu du chat et de la souris avec l’inquiétante silhouette mutique à tête d’oiseau… Soavi orchestre une cérémonie macabre, truffée d’hommages à Bava et Argento, avec une mise en abime astucieuse – le tueur se substitue au metteur en scène en organisant un tableau de chasse de ses victimes – et de beaux morceaux de bravoure, dans la tradition de l’opéra du pauvre. Ce petit classique de l’horreur à l’italienne, au mauvais goût souvent réjouissant, revisite l’histoire du cinéma gothique et du giallo transalpin. Le résultat débouche sur une forme de théâtre de la cruauté, où des personnages caricaturaux sont pris au piège comme des insectes en vase clos – l’un des titres italiens, Aquarius, renvoie à l’image d’un poisson combattant dévorant ses proies, aperçue dans le film.
Film édité en combo DVD/Blu-ray par ESC.



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