L’éditeur Roboto, spécialisé dans le cinéma japonais de patrimoine, se lance dans un projet très ambitieux, l’intégrale des dix-neuf films de la saga Zato Ichi produits par le studio Daiei – sept des derniers titres le furent par la Toho. Ces films, devenus des classiques du « chambara » (« films de combat de sabre ») et réalisés entre 1962 et le début des années 1970, sont proposés dans l’ordre chronologique. Ce premier coffret réunit cinq titres qui établirent, dès le début, l’immense popularité de l’acteur Shintaro Katsu dans le rôle de Zato Ichi, masseur aveugle et aussi yakuza errant qui parcourt les routes du Japon de la période Edo et vit de nombreuses aventures, régulièrement entraîné dans des querelles, où il essaye de protéger les innocents et les faibles de luttes entre clans. Petite particularité, le premier film proposé, Le Bandit aveugle (Shiranui kengyo, 1960) de Kazuo Mori est un « proto-Zato Ichi », donc un film qui n’appartient pas à la saga mais offre déjà à Shintaro Katsu un rôle de masseur aveugle, Suginoichi, beaucoup moins sympathique que Zato Ichi puisqu’il viole, escroque et tue de sang-froid les malheureux qui croisent son chemin. La liste des méfaits de Suginoichi, présenté dès l’enfance comme un voleur sans morale prêt à tout pour s’enrichir, donne froid dans le dos, et peut déstabiliser les spectateurs fans de Zato Ichi qui découvrent Shintaro Katsu dans le rôle d’une horrible canaille profitant de son handicap pour commettre ses méfaits. Le portrait d’un personnage machiavélique dans un « jidai-geki » n’est pas si inhabituel. D’autres films de ce genre prirent comme anti-héros des samouraïs cruels et psychopathes – voir les différentes adaptations du Passage du grand Bouddha.
Le Masseur aveugle (Zatoichi monogatari) est le premier film officiel de la saga, réalisé par le grand Kenji Misumi en 1962. Les codes de la saga, et la personnalité de Zato Ichi, génialement incarné par Shintaro Katsu, y sont déjà bien établis. Produit dans la foulée du premier, Le Secret (Zoku Zatoichi monogatari, 1962) de Kazuo Mori est une suite directe qui prolonge les événements décrits dans le film de Misumi. Zato Ichi y combat un samouraï manchot dont l’interprète n’est autre que Tomisaburo Wakayama, le propre frère de Shintaro Katsu, qui deviendra dix ans plus tard le fameux Ogami Itto dans une autre série légendaire du « chambara », Baby Cart, mise en scène par Kenji Misumi. Un nouveau voyage (Shin Zatoichi monogatari, 1963) de Tokuzo Tanaka est le premier film en couleur de la saga, qui commence à bénéficier de davantage de moyens de production en raison de son succès. Le Fugitif (Zatoichi kyojo tabi, 1963), toujours en couleur et réalisé par Tanaka, est le quatrième épisode de la saga. Les cinq films, y compris le proto Zato Ichi, sont d’égale valeur, même s’ils ont été signés par des réalisateurs différents, tous des artisans talentueux au service des productions de séries de la Daiei.
A l’exception du Masseur aveugle, les films de ce coffret étaient totalement inédits en France.



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