Voici une édition BR (chez Intersections) attendue et réussie pour un film rare, maudit, perçu comme une anomalie dans le paysage du cinéma américain du début des années 1980 : La Neuvième Configuration (The Ninth Configuration), écrit et réalisé par l’écrivain-scénariste William Peter Blatty, essentiellement connu pour L’Exorciste, qu’il a écrit et produit. Le film peut se voir comme le deuxième segment d’une trilogie informelle, et de forte inspiration catholique, sur le Mal, entre L’Exorciste et L’Exorciste, la suite (qui devait au départ s’appeler Legion, comme le livre de Blatty), tous adaptés de ses propres romans. Contrairement aux deux autres, persistent dans ce film des éléments de farce et d’humour noir, qui viennent rappeler que Blatty avait fait ses débuts à Hollywood en tant que scénariste de Blake Edward. La chose est dite par William Peter Blatty lui-même dans un passionnant entretien d’archive, proposé dans les suppléments du Blu-ray : sur le tournage chaotique de son premier film, La Neuvième Configuration, il se rend compte, hors de sa zone de confort, qu’il n’est sans doute pas aussi bon cinéaste que scénariste-écrivain. Son film en est la preuve. Inégal, cryptique, parfois assommant dans sa profusion de dialogues. Mais quelle ambition ! Seuls un Kubrick ou un Polanski, voire un Friedkin qui se désintéressa vite du projet, auraient pu mener à bien un tel monstre… s’ils avaient été catholiques ! Tel quel, La Neuvième Configuration se présente comme une aberration, même si ses origines littéraires le relient à un courant satirique et anti-establishment représenté par Terry Southern (Docteur Folamour) ou Joseph Heller (Catch 22). L’aspect comique du film n’est sans doute pas le plus maîtrisé, avec cette idée d’un asile psychiatrique dans une immense forteresse isolée où sont internés des vétérans du Vietnam suspectés de simuler la folie, et un astronaute qui a abandonné sa fusée avant le décollage. On est devant une véritable cour des miracles constituée de plusieurs seconds couteaux et gueules cassées du Nouvel Hollywood (Jason Miller, Joe Spinell, Scott Wilson, Neville Brand, Richard Lynch…), qui s’en donnent à cœur joie, dans une sorte d’happening théâtral pas toujours très digeste. La dimension religieuse, ou métaphysique, se révèle plus passionnante, avec le personnage du psychiatre (Stacy Keach, remarquable) qui débarque dans l’asile et semble lui aussi atteint de troubles psychiques, tourmenté par des cauchemars. Le docteur se transforme en figure christique, accomplissant un miracle et parvenant à « sauver » l’astronaute par son sacrifice. Le film connut une production et un tournage (délocalisé en Hongrie, en RFA et en Autriche) tourmentés, puis une distribution assez catastrophique. Difficile à classer – ce n’est ni un film fantastique, ni une comédie, mais une sorte d’allégorie sur le mal et la rédemption, traversée par des visions surréalistes.
Demeuré inédit en France, La Neuvième Configuration bénéficie enfin d’une édition BR en France à la hauteur de sa réputation, dans sa version « director’s cut » et restaurée, avec des suppléments de qualité, écrits et vidéo, qui permettent de mieux comprendre et apprécier ce bien étrange cocktail de folie, de carnaval, de philosophie et de mysticisme…



Ce film est vraiment complètement fou, dans le bon sens du terme, et on imagine la tête des spectateurs américains qui pensaient voir une suite de L’Exorciste. Ce qui est assez cocasse dans les bonus du BR ce sont les scènes coupées au montage soi disant parce qu’elles dénaturaient des séquences. On se demande comment on peut dénaturer un film déjà complètement barré.
Et est-ce que vous ne trouvez pas que par certains côtés complètement décalés ce film fait un peu penser à Winter kills (1979), autre gros échec commercial assez extraordinaire ?