Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1991) de Jonathan Demme n’est pas seulement un thriller à l’efficacité diabolique, adapté d’un roman de Thomas Harris, qui a largement contribué (avec Seven) à lancer la mode dans les années 1990 des films de serial-killers axé sur la fascination trouble exercée sur le public par les tueurs en série américains. Le Silence des agneaux a rapidement accédé au statut de classique du cinéma américain, couronné par cinq oscars majeurs et un immense succès commercial. Mais c’est surtout, de manière plus discrète, la consécration d’un cinéaste qui était aussi un auteur, Jonathan Demme (1944-2017). Demme faisait partie de l’écurie Corman. Il a commencé sa carrière dans le cinéma d’exploitation (l’excellent 5 Femme à abattre) avant d’accéder à des projets plus ambitieux. Derrière une apparente versatilité, sa filmographie contient de nombreux portraits de femmes fortes, qui font face et luttent contre l’adversité, telle Clarice dans Le Silence des agneaux (un des meilleurs rôles de Jodie Foster). Le Silence des agneaux rappelle avec évidence que Jonathan Demme était un cinéaste féministe. Cette enquête sous haute tension lui offre l’opportunité de brosser le portrait d’une brillante stagiaire du FBI sommée de faire ses preuves dans un univers masculin, et de soutenir le regard d’hommes qui la menacent, la jugent ou la toisent en permanence. La mise en scène souligne constamment cette dimension du récit, constituant pour Demme le centre d’intérêt du projet. C’était aussi un film qui s’inscrit dans la carrière de son actrice principale Jodie Foster, elle aussi féministe. Le personnage de Clarice Starling entre ainsi en résonnance avec d’autres femmes interprétées par l’actrice, destinées à s’imposer par la force et leurs compétences (Contact, Panic Room…). Pourtant, l’attention du public et de la critique s’est essentiellement focalisée sur le personnage de Hannibal Lecter, interprété par Anthony Hopkins, qui deviendra une icône de la pop culture, et une sorte d’incarnation du mal absolu, à la fois pervers, charismatique, invincible et supérieurement intelligent.
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