Olivier Père

Racket – du sang sur la Tamise de John Mackenzie

C’est un classique du cinéma criminel anglais, devenu un classique du cinéma britannique tout court, sur les rêves de grandeur d’un gangster londonien brisés en quelques heures par une vendetta organisée par l’IRA. Comme d’autres grands films anglais, Racket – du sang sur la Tamise (The Long Good Friday) a été longtemps ignoré par le public et la cinéphilie de notre pays (sortie tardive, bide en salle, aucune véritable notoriété critique), alors qu’il figure parmi les références majeures d’un genre exceptionnel, le film noir british, comptant d’autres réussites majeures comme Get Carter, La Cible hurlante… Réalisé en 1980, Racket constitue le point culminant du cinéma criminel britannique. Le film est riche en action, mais propose aussi un commentaire politique intelligent sur le début des années 1980, quand le pays est condamné à évoluer vers un nouveau modèle économique et ouvre les vannes du capitalisme sauvage. Racket est le premier long métrage de John Mackenzie, et sans doute son meilleur. Le film nous plonge dans l’Angleterre du thatchérisme, du point de vue de la pègre de Londres, avec le portrait d’un gangster-entrepreneur aux ambitions capitalistes, qui a conçu un plan de réaménagement des docks de Londres, anciens symboles de la puissance économique de la ville, en prévision des Jeux Olympiques. Il rêve de voir sa ville devenir la capitale de l’Union Européenne – vision savoureuse au temps du Brexit. Les auteurs prennent pour modèle les films noir américains de la Warner des années 1930, tout en insufflant au projet une identité profondement cockney – visite de Londres de l’époque du tournage, dévoilement des us et coutumes de ce petit monde mafieux. Le film est rempli d’annotations sociales et politiques, avec une approche économique comparable à celle du Scarface de Brian De Palma réalisé trois ans plus tard. Racket est aussi remarquable par son scénario, très original dans sa forme : il débute par une succession d’actions violentes et incompréhensibles, bientôt reliées aux affaires du gangster Harold Shand (ses activités criminelles ne sont pas dévoilées tout de suite, on pense d’abord qu’il s’agit d’un business man un peu plouc mais aux dents longues). Quand ce dernier comprend qu’on cherche à lui nuire, il ordonne à ses troupes (comprenant un policier corrompu) de trouver rapidement les coupables et les raisons de cette série d’attentats. On finira par comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une simple guerre des gangs, mais d’une vengeance de l’IRA. Cet excellent film criminel, nerveux, violent, politique, contient une galerie de personnages pittoresques et tragiques. Bob Hoskins y trouve le rôle de sa vie, tandis qu’Helen Mirren est géniale comme souvent, en Lady Macbeth manœuvrant aux côtés de son mari.

 

Film édité par ESC, dans un combo UHD/BR.

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