Olivier Père

Coffret Lady Yakuza

Un coffret BR édité par Carlotta réunit l’intégralité de la saga Lady Yakuza, également distribuée en salles par la même société. Soit huit longs métrages produits par la Toei entre 1968 et 1972 et mettant en vedette Ryuko Yano, dite Oryū la pivoine rouge (en raison du tatouage sur son épaule), n°2 du clan Yano, chargée de différentes missions dans le Japon de l’ère Meiji (1868-1912). Oryü est réputée pour sa beauté, son invincibilité au combat et au jeu de cartes. Lors de ses voyages, elle est amenée à combattre des clans rivaux, des félons et des traîtres qui bafouent le code d’honneur des yakuzas, dont les activités illégales sont régies par des lois et une organisation très stricte, contrôlée par quatre principaux syndicats, présents sur tout l’archipel. La série Lady Yakuza appartient au genre « ninkyo eiga » (ou « films de chevalerie »), sous-catégorie des films de yakuzas qui relate l’affrontement mortel entre ceux qui s’efforcent de suivre le code moral des yakuzas et ceux qui le dévoient en transformant leur clan en organisations criminelles sans foi ni loi. Oryū la pivoine rouge est un personnage admirable car paradoxal : elle est la gardienne d’une tradition ancestrale et en même temps elle affiche des convictions progressistes, en prenant régulièrement la défense des opprimés (paysans, ouvriers) victimes du patronat et de la montée du capitalisme dans l’ère Meiji, qualifiée d’ère des lumières au cours de laquelle le Japon va se moderniser. Dans le septième épisode, elle soutient même des revendications écologiques – une usine de plomb produisant pour le ministère des armées pollue la région et détruit les récoltes de riz des paysans. Il faut signaler le féminisme de cette saga qui place une jeune héroïne intelligente et experte en arts martiaux au centre du récit, dans une société dirigée par des hommes – mais pas seulement : on note la présence de femmes plus âgées à la tête de clans yakuzas. La beauté et la féminité d’Oryü, son amour des enfants contrastent aussi avec sa vie de soldat, sa solitude et son refus du moindre engagement sentimental. Oryū est interprétée par Sumiko Fuji, qui avait déjà joué dans beaucoup de films dans les années 60 mais que la saga Lady Yakuza va transformer en vedette. Les huit films possèdent des tonalités plus mélodramatiques, feuilletonesques voire fantastiques selon les aventures d’Oryü, leurs localisations (on traverse des paysages différents du Japon rural) mais surtout selon la personnalité des cinéastes qui les signent. Trois des meilleurs films de la saga sont réalisés par Kato Tai, brillant styliste du cinéma de genre. Mais il ne fait pas sous-estimer l’importance du scénariste Norifumi Suzuki, également réalisateur du second opus, dans le succès de la saga. Certes les films sont rythmés par des assassinats et des affrontements sanglants au sabre ou au poignard, formidablement mis en scène, des aventures mouvementées avec des accès de cruauté et même de bouffonnerie. Mais on retient surtout le message humaniste de la saga, sa mélancolie (la fin de la chevalerie) et la fascination exercée par Oryü tout au long de ses pérégrinations. L’ensemble constitue un exemple magnifique du cinéma populaire japonais dans ce qu’il a de plus raffiné, poétique, divertissant.

 

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *