Olivier Père

The Ugly Stepsister de Emilie Blichfeldt

C’est un curieux film-symptôme que cette Ugly Stepsister réalisée par la norvégienne Emilie Blichfeldt en 2025, conte cruel et fantastique inspiré du Cendrillon des frères Grimm plutôt que la version de Perrault. Curieux parce qu’anti-hollywoodien et archaïque par son esthétisme, influencé par les films du tchèque Juraj Herz et du polonais Walerian Borowczyk, cinéastes antiquaires. Curieux mais aussi très dans l’air du temps, puisqu’attaché à déconstruire les stéréotypes de genres qu’on trouve dans les contes de fées et leurs adaptations cinématographiques. Ainsi, The Ugly Stepsister s’inscrit dans la nouvelle tendance qui accorde aux monstres, méchants et méchantes des franchises et mythologies de la pop culture une seconde chance, en les réhabilitant et en les exposant à la lumière du premier rôle : Joker, Cruella, Harley Quinn, Frankenstein, Wicked, etc. C’est donc en toute logique progressiste et féministe que Emilie Blichfeldt, 35 ans, sort de l’ombre à l’occasion de son premier long métrage l’une des deux détestables belles-sœurs de Cendrillon pour en faire l’héroïne de son film, et inspirer au public de l’empathie pour elle. La jeune cinéaste explique qu’elle a voulu traiter de « la dysmorphophobie corporelle et de la tyrannie de la beauté, pour parler de ces douleurs qu’on n’exprime jamais en tant que femmes. » S’ajoute à cela une touche de « body horror », courant du cinéma fantastique lui aussi revisité par une nouvelle génération de réalisatrices (Coralie Fargeat, Julia Ducournau, Sasha Rainbow…). C’est aussi un brûlot anti-matriarcat, avec le personnage de la belle-mère abusive et nymphomane. La misandrie s’invite également dans la caractérisation des rares figures masculines, en particulier le prince, pas charmant du tout. Voici donc un film reflet de son époque, se faisant l’écho de revendications féministes, avec beaucoup de style et de désir de cinéma, ne craignant pas l’excès (dans le kitsch, le trash), et porté par une actrice assez géniale, Lea Myren.

 

The Ugly Stepsister bénéficie d’une très belle édition collector (combo UHD, BR), sous la forme d’un livre ancien, proposée par ESC.

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *