Un classique du film pour enfants, mais pas seulement. Au début des années 1980, Terry Gilliam imagine et bricole un univers merveilleux se proposant en antidote au divertissement hollywoodien aseptisé (Disney, Spielberg), avec des réminiscences de l’humour irrespectueux des Monty Pythons. Il y a dans Bandits, Bandits (Time Bandits, 1981) des éléments de satire – contre le consumérisme, la télévision, mais ce sont la poésie, le fantastique qui prédominent dans ce spectacle réjouissant et baroque. C’est sans doute un brouillon de ses films à venir, mais parfois les ébauches sont plus satisfaisantes que les œuvres achevées. On a en effet le droit de penser que Terry Gilliam a rarement fait mieux – sur un registre similaire, Bandits, Bandits apparait plus réussi que son dispendieux baron de Munchhausen par exemple.
Deuxième long métrage en solo de Terry Gilliam, Bandits, Bandits est aussi l’un de ses rares succès commerciaux. Il fut entrepris faute de pouvoir financer son projet le plus personnel, Brazil, à la gestation compliquée. Le film est produit par la société de production de George Harrison, HandMade Films – le Beatle avait précédemment permis la réalisation de La Vie de Brian des Monty Pythons, que personne ne voulait financer. Bandits, Bandits contient déjà plusieurs éléments visuels et thématiques qui seront repris dans Brazil. De manière plus légère que dans cette dystopie orwellienne, mais avec pas mal d’ambition quand même, Bandits, Bandits propose un voyage dans le temps où l’on croise Agamemnon (Sean Connery) et Napoléon (Ian Holm), où l’on saute de la forêt de Sherwood au Titanic juste avant son naufrage. C’est une succession d’aventures burlesques et fantastiques dans lesquelles des nains voleurs de trésors, qui viennent de dérober la carte des portes temporelles à l’être suprême (un Dieu très british interprété par Ralph Richardson), entraînent un petit garçon féru d’histoire et de mythologie, heureux d’échapper à une morne vie de famille. Comme d’autres films ultérieurs de Gilliam, Bandits, Bandits est une ode au rêve et à l’imaginaire, en réaction contre le matérialisme abrutissant de la société moderne et des médias. Le cinéaste emprunte pas mal à Fellini (Satyricon) et à Kubrick (Orange mécanique), et pose les bases de son propre univers, surchargé, joyeusement bordélique.
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