Olivier Père

Vampires de John Carpenter

Réalisé en 1998, entre Los Angeles 2013 et Ghosts of Mars, Vampires entérine la fatigue et l’amertume irréversibles ressenties par John Carpenter à partir des années 1990, affaibli et dépité par les échecs à répétition de ses films. Il pense à abandonner la mise en scène après la déception provoquée par la suite de New York 1997, succès de 1981. Le projet de Vampires lui redonne momentanément espoir, en lui offrant la possibilité de réaliser un film qui se rapproche de son genre préféré, le western – Hawks est depuis toujours son cinéaste de chevet. Situé dans les décors désertiques, poussiéreux et écrasés de soleil du Nouveau Mexique, Vampires se présente en effet comme un western fantastique. La vision de Carpenter rejoint celle de Kathryn Bigelow dans son film Aux frontières de l’aube (Near Dark), réalisé onze ans plus tôt. Mais la cinéaste adoptait le point de vue des vampires, sortes de renégats modernes hantant les routes de l’ouest. Carpenter opte pour celui de leurs adversaires, assimilés à des tueurs à gages particulièrement violents, vicieux et asociaux. Le film début par un massacre de vampires perpétré par Jack Crow (James Woods) et sa bande de mercenaires. Les créatures de la nuit se sont réfugiées dans une ferme transformée en « nid », et les chasseurs les extirpent de l’obscurité de leur cachette grâce à un treuil les exposant en plein soleil, où ils se consument instantanément. Le film de Carpenter se situe d’emblée dans l’héritage de Sergio Leone et Sam Peckinpah, en cultivant les clichés machistes et virilistes. Le scénario ne brille pas par sa subtilité, ni sa cohérence. Miné par des contraintes budgétaires et une durée de tournage restreinte, Carpenter a recours à des plans courts et de nombreux fondus, lui qui préférait d’habitude les plans longs capables de distiller une forme d’angoisse atmosphérique. Son style a perdu de son élégance, en voulant y gagner en punch et en efficacité. Ce sera encore plus flagrant dans le catastrophique Ghosts of Mars. On peut quand même apprécier certaines scènes iconiques, très connotées série B, comme celle où le maître Valek et ses disciples surgissent du sable du désert, tels des zombies de Lucio Fulci. Vampires s’apparente ainsi à une mixture de La Horde sauvage et des petites productions du cinéma bis, autrefois réservées aux salles populaires puis converties au marché de la vidéo. Le film est notable pour la vulgarité de ses dialogues, parfois improvisés par James Woods, dont le personnage misogyne et colérique est obsédé par les érections que provoquent chez lui l’extermination des vampires. On peut y voir une forme d’homosexualité refoulée (comme chez Hawks) ou une angoisse d’impuissance devant la force érotique de son ennemi Valek, capable de déclencher un orgasme spectaculaire chez la jeune prostituée Katrina (Sheryl Lee, la Laura Palmer de David Lynch) en la mordant dans son entrecuisse, alors qu’elle venait d’être délaissée par Jack Crow lors de l’orgie au début du film.

 

Film édité chez ESC, disponible en DVD, blu-ray et UHD.

Catégories : Actualités

Un commentaire

  1. Ballantrae dit :

    Carpenter que j’aime beaucoup depuis sa découverte.
    Un sursaut que j’aurais aimé initiateur d’un second souffle…mais il n’en fut pas ainsi. Longtemps considéré comme l’avant-dernier film de Carpenter jusqu’à un retour raté avec The ward. Dernier vrai film important de son auteur.
    Le scénario est rageur et il ne faut pas se fier au look westernien des vampires qui parfois font peur. La référence à Peckinpah est importante et il est évident que Carpenter fait suite au Near dark de K Bigelow , film important pour l’évolution du mythe.

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