Cette grande réussite de la comédie italienne, succès de 1959, constitue un des sommets de l’association entre Alberto Sordi et Dino Risi. Le premier excelle à incarner un homme pathétique dont le moindre projet est voué au désastre, y compris celui de se débarrasser de sa femme, une horrible bourgeoise qui passe son temps à l’humilier. Le second vient nous rappeler une fois de plus qu’il a d’abord obtenu un diplôme de médecine et de chirurgie avant d’embrasser la carrière de cinéaste. Derrière la caméra, c’est sur son pays et ses contemporains qu’il va porter un diagnostic implacable, désignant leurs maladies morales. La meilleure part de son oeuvre, et Il vedovo (le veuf) ne déroge pas à la règle, pose un regard sans concession sur l’Italie de l’après-guerre. Ici, ce sont l’hypocrisie, la vulgarité et le cynisme des affairistes mondains qui sont brocardées. L’infortuné Sordi meurt faute d’avoir réussi à intégrer ce petit monde privilégié, littéralement écrasé au sol. Risi a en effet l’idée géniale de prêter au personnage de Sordi le projet d’un meurtre dans un ascenseur qui ne fonctionne pas et qui va se retourner contre lui, précipitant sa chute. La véritable cruauté du film n’est pas de brosser le portrait misogyne d’une mégère qui persécute son mari (brillante Franca Valeri, pilier de la comédie à l’italienne), mais de démontrer qu’elle est la seule personne vraiment intelligente et lucide de cette histoire atroce et hilarante, capable de mettre un mot sur le mal dont souffre son époux : la mégalomanie. Entre dépression et bouffée d’euphorie, Sordi interprète un personnage malade, inapte à s’émanciper socialement de sa femme et à réussir la moindre entreprise. Chacune de ses opérations est vouée à l’échec, dans une Italie en plein boom économique où tout le monde s’enrichit sauf lui.
Cette nouvelle édition de Tamasa vient compléter une série de DVD et BR déjà riche en classiques, souvent méconnus, du cinéma italien, avec d’excellents suppléments.



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