Olivier Père

Les Raisins de la colère de John Ford

ARTE diffuse Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath, 1940) de John Ford lundi 8 février à 22h45.

Adaptation du roman de John Steinbeck, qui décrit les conséquences désastreuses de la crise économique de 1929 dans le sud des États-Unis, le film de John Ford compte parmi les chefs-d’œuvre du cinéma américain. Réputé pour ses westerns, le cinéaste témoigne du même génie, et des mêmes préoccupations humanistes, dans le contexte d’un drame social profondément ancré dans l’histoire récente de son pays. Les Raisins de la colère raconte le périple de fermiers de l’Oklahoma, chassés de leur maison et de leur terre par les banques, lancés sur la route en direction de la Californie, nouvel Eldorado où ils espèrent refaire leur vie et trouver du travail. John Ford et son scénariste Nunnaly Johnson, fidèles à Steinbeck, transforment ce voyage en véritable odyssée semée d’embûches et d’épisodes tragiques. La structure demeure proche du western, et pose les bases du « road-movie » moderne. Ford décrit la détresse terrible de populations déplacées, exploitées par des propriétaires agricoles qui ne pensent qu’au profit, réduites à un état proche de l’esclavage. Il déplore la lente dissolution d’une famille, dont les membres s’éteignent de vieillesse et de fatigue, ou prennent la fuite. Le film se concentre sur la relation de tendresse et de dévotion entre un fils et sa mère, Tom Joad, mélange de bonté, de courage et de violence, et « Ma » Joad, figure maternelle puissante et exemplaire. Comme souvent chez Ford, l’intime se marie à l’universel. Réquisitoire véhément contre l’injustice, la misère et les inégalités, Les Raisins de la colère n’a hélas rien perdu de son actualité. La Grande Dépression et le « Dust Bowl » trouvent un écho contemporain dans les catastrophes sociales et écologiques que subissent actuellement le monde, au-delà de la réalité américaine. La dernière séquence du film, qui se termine par la phrase « nous sommes le peuple » prononcée par « Ma », apporte une note d’espoir voulue par le producteur Darryl F. Zanuck. Les Raisins de la colère n’a rien d’un tract politique. Ford y affirme sa croyance en l’individu aussi bien qu’en la communauté, et signe un film à la constante beauté formelle, nimbé de connotations religieuses. La sublime photographie de Greg Toland transfigure la réalité et lui apporte lyrisme et poésie. L’interprétation, dominée par Henry Fonda, Jane Darwell et John Carradine, se révèle admirable dans son ensemble.

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Un commentaire

  1. DEGEORGES dit :

    Quand le diffusez vous à nouveau
    Merci
    Jean Paul

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