Olivier Père

Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier

ARTE diffuse Ça commence aujourd’hui lundi 7 septembre à 20h55.

Avec ce film réalisé en 1999, hélas toujours d’actualité, Bertrand Tavernier dresse un tableau très noir, mais réaliste, de la situation d’une petite ville du Nord frappé par la fermeture des mines de charbon. Dans cette zone sinistrée, le directeur d’une école maternelle (Philippe Torreton) mène un combat quotidien. Il doit faire face à la pauvreté des parents de ses élèves, à la délinquance, à l’impuissance des institutions publiques et aussi au mépris de sa hiérarchie, incapable de lui permettre d’exercer son métier dans des conditions décentes. Cinéaste de l’engagement et de la colère, Tavernier exprime son admiration devant ces héros de la vie ordinaire, qui refusent d’accepter la fatalité. Nous ne sommes pas très éloignés, malgré un style cinématographique différent, des films de Ken Loach. Tavernier a régulièrement exploré de l’intérieur les institutions républicaines, que ce soit la police (L.627) ou les arcanes de la politique (Quai d’Orsay), pour en révéler les failles, les scandales et les ridicules, toujours par l’intermédiaire de personnages qui soulèvent l’empathie du spectateur et de situations fictionnelles mais extrêmement documentées. Il s’était déjà intéressé à la détresse des profs dans Une semaine de vacances avec Nathalie Baye, tourné en 1980 dans sa ville de Lyon. Le scénario de Ça commence aujourd’hui s’appuie sur des expériences vécues. La mise en scène privilégie les longs plans très mobiles qui enregistrent, avec pudeur mais aussi avec frénésie lors des nombreux coups de gueule et affrontements verbaux qui ponctuent le film, des moments arrachés au réel. La présence des enfants et le recours à des comédiens non-professionnels accentuent cette impression de vérité et d’urgence, qui renforce le constat social exposé par le film.

 

 

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2 commentaires

  1. Raphael de Gubernatis dit :

    Magnifique leçon d’humanité.

  2. arnaud morange dit :

    Je découvrais, avec plaisir, ce film qui décrit, en 1998, une réalité toujours existante. Qu’on aille du côté des quartier de Moulin et de Fives à Lille…
    Torreton est remarquable, et son petit couple aussi ! On est parfois un peu agacé de l’exagération et de la caricature (du Zola remanié sauce Chtis), mais passé ces moments d’hésitation du spectateur (« encore un gentil film sur l’école confrontée à la misère sociale des quartiers mais qu’est-ce qu’ils sont tous formidables en inventant un tas de trucs. face à l’adversité… y va y avoir de l’ascension sociale grâce au courage des jeunes et des profs…), c’est précisément cette exagération qui donne un ton juste, une atmosphère qu’on retrouve, même en moindre densité, un peu partout dans l’enseignement et le travail social. Ainsi que le dit fort justement la compagne de Torrreton : s’il y a deux métiers que je ne voudrais pas faire c’est bien : enseignant et assistante sociale ! Pour ma part, j’enseigne et je travaille dans le travail social. Aïe !

    Merci Arte en tout cas pour cette rentrée faite de films dédiés à l’Ecole vue autrement que par le prisme des « décrocheurs » et de la « continuité pédagogique en distanciel »

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