Olivier Père

2 Automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder

Arman et Amélie, deux parisiens qui essaient de changer de vie, se rencontrent en faisant leur jogging. C’est le début d’une histoire d’amour. Sébastien Betbeder signe avec 2 Automnes 3 hivers l’un de ses films les plus accomplis. Cette comédie douce-amère dresse l’état des lieux d’un certain désarroi social et sentimental d’une génération de trentenaires, qui appréhende l’existence avec beaucoup moins de légéreté que leurs aînés. Deux amis, la rencontre avec une fille, le passage de saisons : le réalisateur opte pour une histoire simple, avec une forme originale pour la raconter. Musicalité, préciosité du style, humour mélancolique et goût des mots qui n’appartiennent qu’au cinéaste confèrent à 2 Automnes 3 hivers un charme tenace et très particulier. Sébastien Betbeder est un auteur un peu trop discret, une voix singulière du jeune cinéma français, héritier volage de François Truffaut et Éric Rohmer. Grâce une construction en chapitres, des interventions régulières des comédiens face à la caméra qui scandent le récit par leur commentaires et apostrophes aux spectateurs, Betbeder explicite la dimension romanesque et littéraire de son cinéma, et rompt avec une certaine tendance du naturalisme toujours en vogue dans le jeune cinéma d’auteur français. Le film développe également un art de la citation, proche de la littérature actuelle et différent de ce qu’on avait l’habitude de voir au cinéma. Aux côtés de Maud Wyler et Bastien Bouillon, Vincent Macaigne peaufine dans 2 Automnes 3 hivers son personnage récurrent d’amoureux angoissé, maladroit et timide, vaguement hypocondriaque et dépressif. Son interprétation de clown triste ultra contemporain est irrésistible de drôlerie.

 

2 Automnes 3 hivers est disponible gratuitement sur ARTE.tv jusqu’au 31 décembre 2020.

 

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2 commentaires

  1. Clément Boudreault dit :

    Bonjour,
    un film très singulier effectivement de par sa narration, que j’avais trouvé magnifique.
    Je suis un peu moins catégorique sur l’opposition ‘littéraire’ et ‘naturaliste’. Je trouve qu’il ancre vraiment son film dans la réalité par deux biais : la musique (on a l’impression que c’est sa playlist ! J’ai un souvenir particulièrement vif du Michel Delpech en vélo, et des Fleet Foxes pour le premier rendez-vous d’Amélie et Arman) et le langage de ses personnages (très cru, très ‘pratique’, citation de marques, etc.).
    J’avais vu le film lors d’une avant-première à l’ABC à Toulouse, que l’auteur et le producteur accompagnaient : l’échange avait été très enrichissant (la vie de cette production a été riche en émotions). Je conseille également à tout le de monde de voir le scénario écrit, qui, pour un film à la narration si particulière, est presque aussi beau que le film. Je crois qu’il est disponible sur le site du CNC.

  2. Rei dit :

    Bonjour.
    Savez-vous comment l’on peut se procurer ou, au moins, où l’on peut visionner « Arman hors saison » (l ?e court-métrage) que j’avais eu le plaisir de découvrir sur ARTE il y a des années ?

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