Olivier Père

Les S.S. frappent la nuit de Robert Siodmak 

« De tous mes films réalisés à mon retour de Hollywood, il n’y a que deux œuvres dont je suis fier : Les Rats et Les S.S. frappent la nuit » déclarait Robert Siodmak. Il est vrai que l’ultime partie de la carrière de Robert Siodmak, à partir de 1953 où il est l’un des premiers cinéastes exilés à rentrer en Europe, est décevante. Celui qui était devenu au sein du studio Universal un des maîtres du film noir ne parvient pas à retrouver des projets à la hauteur de son talent et de son ambition. Les deux films cités font figures d’exception. Les Rats est l’adaptation réussie d’une pièce de Hauptmann, modernisée dans l’Allemagne de l’immédiate après-guerre. Le troisième film entretient un paralèle troublant avec le titre le plus important du cinéma allemand des années 30 : M le maudit de Fritz Lang. Dans les deux cas, un tueur en série est le révélateur de la violence nazie, naissante dans le film de Lang, déclinante dans celui de Siodmak – le film se déroule peu de temps avant la chute du IIIème Reich. Une autre comparaison s’effectue au cœur du film de Siodmak, pour mieux en dévoiler les différences : celle entre la violence individuelle, incontrôlable et pulsionnelle, et la violence d’état, froide, cynique et machinale. De ces deux folies, la moins effrayante n’est pas celles des autorités hitlériennes. Siodmak s’inspire d’un fait-divers réel, qui avait défrayé la chronique : les meurtres de plus de quatre-vingts femmes sur une dizaine d’années, dans l’Allemagne nazie. Finalement arrêté, le coupable était un débile mental à la force herculéenne. Siodmak ne construit pas son film autour d’un suspense haletant, mais s’intéresse aux méandres d’une enquête policière perturbée par les manipulations politiques de la gestapo et des S.S. « Les S.S. frappent la nuit est le premier film allemand à parler du passé nazi autrement que dans une perspective déculpabilisante – ce qui n’est pas peu » affirme Hervé Dumont dans son essai biographique sur Robert Siodmak (L’Age d’homme, 1981). Le film, immense succès à sa sortie, récolta un nombre impressionnant de récompenses un peu partout dans le monde. Il révéla l’acteur suisse Mario Adorf dans le rôle du tueur psychopathe Bruno Luedke. Avec son physique massif, cet ancien élève de la Kamerspiele de Munich impose un corps et un visage qui vont durablement hanter le cinéma européen. Mario Adorf apparait dans de nombreux films commerciaux allemands, mais est régulièrement employé par la nouvelle génération des auteurs germaniques, chez Schlöndorff et Fassbinder notamment. Figure familière du cinéma italien, il a trimballé sa large carrure aussi bien chez Comencini, Risi et d’autres grands cinéastes que dans de nombreux polars et westerns de série.

 

Disponible gratuitement en télévision de rattrapage sur ARTE.tv du 23 mars au 24 avril 2020.

Catégories : Sur ARTE

2 commentaires

  1. carter69 dit :

    Herve Dumont, pas Bruno.

  2. Gayo dit :

    La scène de la reconstitution du meurtre est remarquable : le tueur s’évade soudain du groupe des policiers et se lance dans une course éperdue dans la forêt ; les repères logiques, temporels et géographiques se brouillent comme si on se trouvait plongé dans l’horreur de la conscience du criminel !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *