Olivier Père

Arizona Junior de Joel Coen

Dans le cadre de son « printemps du polar », ARTE diffuse Arizona Junior (Raising Arizona, 1987) écrit et réalisé par Joel et Ethan Coen lundi 30 mars à 20h55. Un multirécidiviste spécialisé dans les braquages ratés rencontre l’amour de sa vie, une policière, lors de ses fréquents séjours en prison. Désespéré à l’annonce de la stérilité de sa femme, il décide de voler un bébé à un richissime industriel local, dont l’épouse vient d’accoucher de quintuplés. Rien ne va se passer comme prévu… L’imagination des frères Coen est irriguée par leur érudition en matière de culture populaire américaine. Après la littérature policière dans leur premier film Sang pour sang, c’est dans la bande dessinée et le dessin animé qu’ils puisent leur inspiration pour mettre en scène Arizona junior. Et dans plein d’autres choses encore. Cette accumulation gourmande participe au rythme frénétique et à l’humour déjanté de cette course-poursuite dans les paysages familiers de l’Amérique profonde, transformés en un gigantesque manège pour adultes. Nicolas Cage adopte l’allure dépenaillée et hagarde d’un coyote de cartoons, mis à rude épreuve par le devoir conjugal, le désir de maternité de sa dulcinée et l’inquiétante présence de ses acolytes – des évadés à moitié débiles – comme de ses adversaires – un motard chasseur de primes tout droit sorti de Max Max ou d’un western de Sergio Leone. La virtuosité tapageuse de la mise en scène, avec une caméra aux déplacements acrobatiques, rappelle la proximité des frères Coen avec Sam Raimi, dont le premier Evil Dead était lui aussi un cartoon hystérique en prises de vues réelles. Sam Raimi réalisera d’ailleurs son propre hommage au film noir, l’ultra-stylisé Mort sur le gril (Crimewave, 1985), co-écrit par ses amis Joel et Ethan. Arizona Junior n’est pas une simple parodie délirante sous influence de Tex Avery, Chuck Jones ou les productions Hana-Barbera telles Tom et Jerry. On y discerne déjà l’admiration des Coen pour les grands scénaristes-réalisateurs de comédies Billy Wilder, Frank Tashlin et Preston Sturges, peintres satiristes de l’Americana, passés maîtres dans le burlesque, l’humour noir mais aussi les histoires de couples et la folie douce d’Américains ordinaires.

 

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2 commentaires

  1. Ballantrae dit :

    Quel grand plaisir que revoir ce joyeux joyau!
    Une petite madeleine aussi, le temps où les Coen etaient seulement les auteurs d’un polar aussi réussi que neuf Blood simple.
    En le revoyant on se dit forcément que tout leur cinema est déjà là: rôle des accents, precision plastique du plan, effets de montage créant du sens sous le sens, registre ironique qui n’empêche jamais qu’on croit pleinement aux situations et personnages ( c’est sûrement pour cela que je les préfère à Tarantino brillant mais souvent trop « méta « ).
    Ce qui m’a frappé c’est la question du rythme dès le pregenerique brillantissime qui sait créer une avancée narrative dans le ressassement cyclique en créant des gags visuels et sonores par cascades. Phrasés de Ed et Hi, voix off créant un hiatus avec les images, clichés du film de prison, la BO elle-même est un gag.
    Et trois ans après ce fut le doublé génial Miller’s crossing/ Barton Fink et le temps de la reconnaissance.
    Même s’ils ont leurs baisses de régime je sais que ce duo formidable sait toujours revenir au sommet: rappelons nous par exemple le surgissement de l’implacable, du parfait No country for old men après qqs opus mineurs.

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