Olivier Père

Fenêtre sur cour de Alfred Hitchcock

Fenêtre sur cour (Rear Window, 1954) de Alfred Hitchcock avec James Stewart et Grace Kelly est l’un des films les plus célèbres, les plus géniaux et les plus populaires du grand cinéaste anglais et de sa période hollywoodienne. Il est rediffusé dimanche 2 février à 20h55 sur ARTE, suivi d’un documentaire inédit, Dans l’ombre d’Hitchcock – Alma et Hitch de Laurent Herbiet. Un photographe immobilisé dans son appartement de Greenwich Village, la jambe fracturée après un accident, passe ses journées à observer au téléobjectif les habitants de l’immeuble d’en face. Le comportement d’un de ses voisins éveille ses soupçons et il a bientôt la certitude d’avoir été témoin d’un assassinat. Fenêtre sur cour marque l’aboutissement des recherches d’Hitchcock sur le huis-clos, « la concentration théâtrale », après La Corde (Rope, 1948) tourné en plan-séquence dans un décor unique et Le crime était presque parfait (Dial M for Murder, 1954), dans lequel le procédé 3D (on parlait encore à l’époque de « relief ») était le moyen paradoxal d’exacerber la dimension théâtrale de son film avec un jeu permanent sur la profondeur de champ, amplifiée dans le dessein de recréer l’espace scénique des planches. Ici l’action est concentrée dans l’espace autarcique d’une cour d’immeuble vu d’un petit appartement, le tout reconstitué en studio avec un soin maniaque. Le film est célèbre parce qu’il explicite le voyeurisme ontologique du spectacle cinématographique. Dans Fenêtre sur cour, sans doute le plus parfait des films à suspense du cinéaste, une perversion cache une névrose. La mauvaise pulsion du personnage interprété par James Stewart est motivée par son désœuvrement, son impuissance temporaire, mais constitue aussi un dérivatif à l’angoisse du mariage (sa fiancée Grace Kelly veut lui mettre la corde au cou.) Il n’est pas innocent que le spectacle secret offert par les voisins propose diverses déclinaisons, grotesques, pathétiques, aliénantes de la vie conjugale, et que le meurtrier a tué son épouse. Un chef-d’œuvre à revoir en couple ou une jambe dans le plâtre, un huis-clos magistral sur le cinéma et la place du spectateur.

 

 

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2 commentaires

  1. Damien dit :

    Bon film, il est vrai… mais sans commune mesure avec le chef d’oeuvre du maître…
    Vertigo ! Chef d’oeuvre du cinéma tout court !
    Je regarderai le documentaire par contre. Vu qu’il est inédit !

  2. ballantrae dit :

    Vertigo comme Rear window: 2 chefs d’oeuvre…et Hitchcock en a accompli d’autres.
    L’incroyable précision et richesse réflexive du film me semblent inaltérables et on peut le voir et le revoir, seul ou parallèlement à sa progéniture notamment Peeping tom et Body double.
    Combien de cinéastes aujourd’hui réussiraient à rendre vivant, récréatif un film qui repose sur un pari formel casse gueule?
    Rear window c’est le potentiel spéculatif de la théorie métalinguistique qui aboutit sur l’écran sans sécheresse surplombante soit le comble de l’élégance!
    Le génie d’Hitchcock à l’état pur et le prolongement absolu de Lifeboat et La corde.

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