Olivier Père

Autopsie d’un meurtre de Otto Preminger

Depuis qu’il a quitté son poste d’avocat général, Paul Biegler (James Stewart) occupe son temps à la pêche, daignant à l’occasion prendre une affaire sans grande importance pour maintenir à flot son cabinet. Son confrère Parnell McCarthy, lui-même en retrait de la vie judiciaire, a sombré dans l’alcoolisme. Ainsi chacun vaque à ses activités. C’est ainsi que Biegler accepte de prendre la défense d’un militaire, Frederick Manion (Ben Gazzara), suspecté d’avoir assassiné, de sang-froid semble-t-il, l’homme qui a violé son épouse (Lee Remick). Biegler et Parnell plaident non coupable, arguant que Frederick a tué sous l’emprise d’une « impulsion irrésistible » et non d’un désir de vengeance.

Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder, 1959) compte parmi les plus beaux films d’Otto Preminger et du cinéma classique américain, qui vit à la fin des années 50 ses dernières heures de gloire. Ce chef-d’œuvre du film de procès offre à James Stewart un de ses plus grands rôles. Autopsie d’un meurtre décortique la machine judiciaire et dresse le portrait d’un avocat qui met tout son professionnalisme et son intelligence au service d’une cause qui ne les mérite pas. La splendeur de la mise en scène et de la photographie allient sophistication hollywoodienne et souci du réalisme, en privilégiant des décors naturels. Preminger réunit une distribution éblouissante où James Stewart donne la réplique à des comédiens extrêmement talentueux issus de la nouvelle génération comme Ben Gazzara, Lee Remick ou George C. Scott. Le cinéaste ne résiste pas à la tentation d’intégrer des éléments triviaux ou scabreux à une histoire centrée sur un viol et la sexualité d’une jeune femme. Le plus important demeure la générosité et l’humanisme d’Autopsie d’un meurtre, qui démontre qu’il vaut mieux innocenter un coupable que de condamner un innocent. L’autre leçon du film consiste à faire l’éloge de personnages ordinaires mais positifs, qui accèdent à la grandeur par leur attachement à une cause qui leur semble juste, et par leur amour du travail bien fait. Preminger fait ici de la maîtrise, son beau souci de cinéaste, le sujet même de son film, doublé de sa critique. C’était, il me semble, le film préféré de Serge Daney.

Autopsie d’un meurtre – Édition Prestige Limitée Combo Blu-ray/DVD + Memorabilia, Nouvelle Restauration 4K (disponible à la vente chez Carlotta).

 

Catégories : Actualités

3 commentaires

  1. MB dit :

    Ah! on n’oubliera pas la discussion murmurée entre juge et avocats sur la « petite culotte » (panty) et comment on doit l’appeler pour la suite du procès, et « les Français ont un mot pour désigner cet accessoire », forcément, les Français…
    Vous savez bien sûr que Preminger avait choisi Joseph Welch le juge parce qu’il l’avait remarqué à l’audition de Joseph McCarthy (c’est lui qui l’interrogeait).

  2. MB dit :

    … ce qui donne envie de revoir un jour POINT OF ORDER peut-être un jour sur Arte!

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