Olivier Père

Le temps qui reste de François Ozon

Dans le cadre de son cycle François Ozon, ARTE diffuse Le temps qui reste (2004) lundi 9 septembre à 22h40, juste après Une nouvelle amie. Huitième long métrage de François Ozon, Le temps qui reste compte parmi les réussites du cinéaste, un de ses films les plus émouvants à défaut d’être le plus aimable.

C’est un titre à part dans la carrière d’Ozon, un portrait d’homme plutôt que de femme, un film épuré qui évite à la fois l’ironie, la distanciation et la provocation. Une fois de plus Ozon prend les spectateurs à rebrousse-poil, décide d’aborder la mort d’un jeune homosexuel photographe de mode en balayant d’emblée la fatalité ou l’évidence du sida. Ce n’est pas la maladie de Romain (Melvil Poupaud) qui est signifiante, mais la manière dont il entend utiliser le bref sursis que lui annonce les médecins. Le film adopte ainsi un double mouvement en apparence contradictoire : un voyage sans retour avec la mort comme conclusion, et un mouvement régressif qui le ramène sur les rivages de l’enfance. Road-movie intimiste jalonné de rencontres, de retrouvailles et de souvenirs, Le temps qui reste évoque les questions du deuil, de l’héritage et de la transmission, mais s’intéresse avant tout à la connaissance de soi. Romain fait le choix de la solitude pour mieux se réconcilier avec lui-même. Ce personnage est remarquablement interprété par Melvil Poupaud, qui n’a pas hésité à opérer une éprouvante transformation physique pour le rôle. Au-delà de la maigreur cadavérique qu’il est parvenu à atteindre, Melvil Poupaud rend crédible le travail introspectif de Romain, son cheminement mental vers une image originelle. La scène finale sur la plage renvoie à un autre beau film sur l’attente de la mort et la recherche du sens de la vie, le chef-d’œuvre de Visconti d’après le roman de Thomas Mann. Romain est à la fois le vieillard précoce Gustav von Aschenbach et Tadzio, l’adolescent gracieux qui s’offre au regard de son admirateur dans Mort à Venise : l’homme en train de mourir et le jeune garçon en train de naître, sur un bord de mer qui symbolise aussi bien un linceul qu’un berceau.

Melvil Poupaud dans Le temps qui reste de François Ozon

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