Olivier Père

Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gaston Duprat

ARTE diffuse mercredi 21 août à 23h35 Citoyen d’honneur (El ciudadano ilustre), production ibérico-argentine réalisé par Mariano Cohn et Gaston Duprat en 2016. Le film sera également disponible gratuitement pendant sept jours en télévision de rattrapage sur ARTE.tv. Citoyen d’honneur est une drôle de comédie qui vire au cauchemar. Il y plane l’ombre des farces cruelles de l’âge d’or de la comédie italienne, mais aussi celle de Borges, Cortázar et des mises en abymes de la littérature fantastique latino-américaine. Le lauréat argentin du prix Nobel de littérature, installé à Barcelone, décide d’accepter l’invitation de son village natal. Passé l’émotion des retrouvailles, et plusieurs situations cocasses, le célèbre écrivain doit bientôt affronter les réactions menaçantes de certains habitants. Citoyen d’honneur nous plonge dans l’atmosphère étouffante d’une petite ville perdue dans la pampa argentine. L’humour se teinte progressivement d’inquiétude et d’angoisse. Des villageois se révèlent si flippants et dangereux que le film éveille le souvenir moite de Outback, réveil dans la terreur de Ted Kotcheff. Point de tueurs de kangourous abrutis à la bière dans Citoyen d’honneur, mais des baronnets locaux aux pulsions fascistes et grégaires, prêts à entreprendre une partie de chasse nocturne pour se débarrasser d’un visiteur gênant. Dans le rôle de l’écrivain misanthrope confronté à l’hostilité de ses concitoyens, pris dans un cercle vicieux qui l’empêche de quitter un lieu transformé en piège, Oscar Martinez est remarquable. Sa performance lui a valu le prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise. On aurait tort de réduire le film de Mariano Cohn et Gaston Duprat à une satire féroce, qui n’épargne aucun personnage. C’est aussi une réflexion sur la création littéraire, et les rapports étranges entre réalité et fiction, comme le révèle le coup de théâtre final. Ce film troublant, passé relativement inaperçu lors de sa distribution en France, mérite une seconde chance.

 

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Un commentaire

  1. Adriana dit :

    Excellent! ..excellent ce cinema argentin qui tangue entre l’humour noir spagnol (Buñuel , los « esperpentos »de Valle Inclán o de Goya) et humanisme sentimental de Fellini….
    Moi aussi je viens de une petite ville argentine, que je appellait  » Dogville  » et que d’ou , tout comme le personnage du film, je ne souhaitais rien tant que de m’échaper ..pour resentir après , comme lui, que « partir n’est pas ne plus y etre »…et que quand arrivait l’hiver européen , penser que là bàs , dans l’ét é austral , ma mère était en train de dire:  » il fait chaud aujourdhui! »

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